Avec Abbie Cernish, Ben Whishaw, Paul Schneider et Kerry Fox - Pathé - 2010
Les commentaires
roland
Le 03/01/2011
J'ai vu ce film il y a deux jours et je dois avouer qu'il ne m'a pas enflammé. L'image et les ambiances sont certes exceptionnels, mais l'ensemble est trop froid, le jeu des acteurs trop figé et distant pour qu'on s'attache à leur "passion". Et la force supposée de la poésie qui les rapproche n'a pas fonctionné sur moi. Et puis, quelle est la sincérité d'un poète romantique qui écrit pour en vivre (même vainement) ?
Et ta critique ?
La Nouvelle Zélande est connue pour ses rugueux rugbymen et son équipe de foot va tenter de se faire de la place à la Coupe du Monde. Pourtant ce pays nous a offert la plus sensible des cinéastes!
Jane Campion ne sera jamais Austen. Tant mieux pour nous. Les amours sous le règne de la reine Victoria ont du charme avec l'écrivain anglais. L'amour a du chien avec la cinéaste néo-zélandaise, unique femme à avoir remporté la palme d'or avec La leçon de piano.
Chez elle, le romantisme n'est pas une coquetterie ou une fade romance pleine de jolis mots. Les aléas du coeur bousculent les conventions et bien souvent, ils font mal!
Pourtant le décor est connu: celui des cottages du début du XIX Siècle. Recueilli par le fanstaque monsieur Brown, le jeune poète John Keats recherche le vers parfait tout en s'occupant de son frère malade.
Il reste néanmoins intrigué par sa voisine, Fanny Brawne. Passionnée de mode, la jeune femme pourrait paraître légère mais rapidement elle séduit de son regard noir, le poète torturé.
Très vite, le badinage devient sérieux or l'état de santé du poète et ses finances ne vont pas très bien. Plus leur relation gagne en intensité, plus les ombres s'abattent sur le couple...
Connaissant le destin funeste de John Keats, Jane Campion s'intéresse à l'éclat de cette passion romantique parce que douloureuse. Elle filme les quatre saisons selon les maux ou les joies qui habitent le coeur de ses héros.
En tout simplicité, aidée par une magnifique photo, elle soulève délicatement l'émotion qui se cache derrière les règles strictes de l'époque. Campion retrouve une ardeur flamboyante pour un cri du coeur, qui se révèle déchirant.
Certes, on pourrait regretter la lenteur qui installe un certain recul vis à vis du drame mais grâce à la mise en scène, au naturalisme si lyrique, on est rapidement enchaîné aux amants maudits.
Etrangement, la passion est présentée par sa dureté. Elle en sort sublimée. Refusant tous les facilités du film à costume, Campion nous plonge dans ses coeurs brûlés par l'amour, la maladie et l'envie.
Soutenu par des interprétes délicats, le film balaie son apparente austérité au fil des saisons. Il joue sur cette dualité étonnante et séduisante entre la violence de l'amour et l'appétit qu'elle fait naître. Finalement, le film est une oeuvre d'une beauté saisissante et d'une romantisme singulier à dévorer des yeux!