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Lundi 21 Mai 2012Cinéma

 Brick

Brick

Rian JOHNSON

Avec Joseph Gordon Levitt, Nora Zehetner, Lukas Haas, Emilie de Ravin - Studio Canal - 2005 - 1h52

Et ta critique ?




Un film noir à l’ancienne mais tourné dans un univers contemporain adolescent, voilà l’audacieux alliage de ce premier film, déroutant et captivant.

 

Monteur de May, le film culte de Lucky McKee, Rian Johnson possède lui aussi des idées assez atypiques. Utiliser le décor d’un lycée américain pour un véritable film noir. Vous avez donc, d’un coté, des adolescents titillés par les hormones, névrosés et parfois dangereux, et de l’autre, vous avez un mystère à résoudre, une affaire à tiroirs cachés, par indic’ discret, brute patibulaire, parrain intriguant et femme fatale.

 

 

Ce n’est pas banal comme combinaison et les amateurs de crédibilité vont sûrement être énervés. Car les ados parlent comme Philip Marlowe et Mike Hammer. Ici le détective est un petit binoclard doué d’un cynisme à toute épreuve. Elève brillant mais perturbé, il tente de retrouver son ancienne petite amie. Les découvertes vont se succéder et se révèleront morbides. L’apprenti détective va mettre le doigt dans un engrenage complexe et douloureux.

 

 

Le film repose beaucoup sur son acteur principal. Héros de la série 3e Planète après le soleil, Joseph Gordon Levitt a su rebondir en évoluant dans le cinéma indépendant. Son interprétation d’un jeune homosexuel enragé dans Mystery Skin a cassé son image sage et lisse. Il confirme tout le bien que l’on pense de lui dans ce Brick sombre et noir. Son personnage est hermétique, aussi mystérieux que l’enquête et assez charismatique. Sa gueule d’ange déchu dégage réellement quelque chose d’étrange et subtile.

 

 

L’acteur est à l’image du film qui détourne les habitudes du teen-movie pour les plonger dans des eaux troubles et plus intéressantes. Les adolescents ne sont pas des têtards décérébrés mais des personnages torturés et violents. Le constat de la fiction se rapproche du cinéma vérité de Larry Clark (Ken Park).

 

 

Le monde adolescent est cruel et le réalisateur se permet un exercice de style qui en dit long sur cette période délicate. Son polar est noir, poisseux et emprunte aux classiques du genre comme à David Lynch à qui on pense plus d’une fois. Si le style est moderne, un charme suranné se dégage des rencontres entre les héros et des mineurs plus ou moins inquiétants.

 

L’intervention de Lukas Haas (le petit bonhomme de Witness, revu dans Mars Attacks ou Last Days) donne un aspect trouble et troublant qui relance le récit vers une noirceur assez impressionnante. Brick est donc une œuvre qui veut surprendre : c’est sa grande qualité mais aussi sa limite. L’exercice de style est trop évident mais qu’est ce qu’il est réussi.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 19/03/2007