Stacey Kent vient de signer chez le prestigieux label Blue note, entre Nigel Kennedy et Stan Kenton, reflet certain d’un succès grandissant. Une surprise en demi-teinte pour ce premier album sous la Note Bleue…
Après un certain nombre d’albums, Stacey signe chez Blue Note. Alors sans être un puriste de jazz, un amateur de jazz fusion ou d’improvisation, on attend forcément une belle surprise. C’est un peu comme lorsqu’on suit une artiste sur un label indépendant et que celle-ci poursuit son chemin chez un label historique qui lui donnera les moyens de s’exprimer totalement avec une production plus importante et personnelle. Le désir est là. Blue note a l’esprit très ouvert depuis quelques temps, on s’attend donc à presque tout, entre Norah Jones et Cassandra Wilson...
Alors, côté production, le résultat est soigné. Il n’y a rien à dire. Encore heureux est-on tenté de dire… A lire les différentes chroniques ici ou là, on vante l’impeccable phrasé de Stacey faisant d’elle une des meilleures chanteuses de jazz actuelle. Là encore, dans le répertoire de jazz qu’elle interprète, on suppose que c’est un minimum. On est rassuré, elle sait chanter disent les chroniques…
Musicalement l’opus voyage timidement sur une apathie qui donne à l’ensemble des titres une couleur indéfinissable voire léthargique, faisant de ce disque un disque d’ambiance qui ravira les mélancoliques mais attristera les dépressifs. De la grisaille pour le cœur et l’esprit. De quoi égayer Stacey mais peut-être pas l’auditeur. Un disque automnal, mais plus proche du ciel gris que de la couleur des feuilles. Une langueur monotone trop sobre.
S’il est vrai que l’album présente davantage de compositions que ses précédents albums (4 titres sur 12), on ne peut pas dire que la prise de risque soit le talent fort de la demoiselle. A l’annonce de la participation de Kazuo Ishiguro à la plume, auteur du célèbre Vestiges du jour, on s’attendait là encore à davantage de nouveauté. Dans l’écriture, « The ice hotel » « So romantic » ou « Breakfast on the morning tram » nous transportent avec poésie dans l’imaginaire de l’auteur qui colle plutôt efficacement au chant rêveur de Stacey mais musicalement, les morceaux ne sortent pas structurellement des schémas classiques. Pourquoi Stacey Kent et Jim Tomlinson (le monsieur de la dame, saxophoniste) n’ont-ils pas fait l’inverse : 8 compositions pour 4 reprises ?...
L’album reprend par ailleurs « La saison des pluies » et « Ces petits riens » de Serge Gainsbourg qui charmeront forcément les francophones, choix orchestrés par la production «C'est Nicolas Pflug (directeur de Blue Note France, ndlr) qui a choisi ces deux chansons, Ces petits riens et La Saison des pluies. On y trouve tous les ingrédients auxquels je suis sensible : joie, tristesse, romantisme et excentricité.» confie-t-elle à Olivier Duc du Figaro. De quoi être tout à fait séduit par ces deux versions qui, il est vrai, sont plutôt réussies ; à écouter les textes on en oublierait presque la musique, mais on a de quoi douter sur l’originalité du projet et l’objectif artistique de Stacey. « Davantage de liberté », disiez-vous mademoiselle ? Pas sûr…
Si ce disque n’est pas désagréable à l’écoute, il ne laissera pas une trace mémorable musicalement. Il s’écoute bien le temps d’un trajet en tram ou le temps d’un petit déjeuner. C’est bien dommage.
On ressort de l’album avec une impression de tournant un peu loupé. Un jazz d’ambiance qui on l’espère, ne durera pas chez Stacey car n’en doutons pas, elle est capable avec l’équipe de Jim Tomlinson d’aller bien plus loin musicalement, même dans ce style.
Si vous prenez le tram et que vous cherchez actuellement une écoute entre standards et création, on vous recommandera plutôt de vous tourner vers la spontanéité, la fraîcheur et l’espièglerie de Sonia Cat-Berro et de son quintet avec qui Stacey a partagé autrefois quelques scènes françaises, ou encore vers Elisabeth Kontomanou, autre artiste de talent qui mérite une écoute attentive. En somme, pour Stacey Kent et son Breakfast, Much ado about nothing…
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 11/11/2007