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Lundi 21 Mai 2012Cinéma

 Brazil

Brazil

Terry GILLIAM

Avec Jonathan Pryce, Kim Greist, Ian Holm et Robert De Niro - 1984 - 2h11 - Universal

Et ta critique ?




Le film de toutes les luttes!


La bagarre est désormais légendaire. Terry Gilliam, joyeux drille des Monty Pythons s'oppose au studio américain qui a produit son film Brazil, une oeuvre désenchantée et pas drôle du tout. De sa part, on n'attendait pas autant de noirceur. A commencer par le studio Universal qui se retrouve avec un film pas du tout calibré grand public!

Comme le personnage central, le cinéaste s'est retrouvé dans un piège administratif où il s'est franchement débattu.  Mais son film a connu trois versions dont une absurde qui finit sur la victoire de l'amour sur le monde des fonctionnaires et d'administrateurs!

La lutte fut acharnée mais Brazil connaitra une sortie houleuse et un destin à la hauteur de sa réussite. Commercialement, c'est un échec. Cependant le film de Gilliam est la meilleure adaptation de 1984 de George Orwell.

Rarement l'angoisse existentielle aura transpiré sur une fiction. Suite à une erreur administrative, un petit secrétaire va découvrir l'horreur du système. Petit à petit, il va se rebeller contre cette société inhumaine, qui ne supporte pas la moindre critique.

Terriblement d'actualité, Brazil est une oeuvre visionnaire. Les années passent mais son sens du récit  rend le film intemporel. Alarmiste, Brazil tape sans arrêt à la porte des réalités. Cela fait un peu cliché mais c'est pourtant l'effet que provoque ce film.

David contre Goliath, l'histoire de Brazil s'inscrit dans un grand classicisme, empruntant à Orwell comme Kafka. Heureusement Terry Gilliam est un artiste baroque. Il ne fait rien comme les autres et aime les univers barrés, légèrement décalés.

Ses héros pathétiques sont donc petits jusque dans leurs vêtements et se font avaler par une technologie envahissante. Les images deviennent bizarres, multipliant les faux semblants et les faux indices. Le style rétro futuriste rappelle Metropolis mais Gilliam part sa réalisation fantasque évite la trop grande ressemblance.

La tristesse de la réalité s'oppose à la richesse intérieure, au triomphe de l'imagination. Gilliam brouille les pistes: jusqu'où le rêve s'incruste dans la vie du petit fonctionnaire, follement et soudainement  amoureux?

C'est donc seul contre tous, que le héros va se lancer dans un combat perdu d'avance et Gilliam capte toutes les ambiguités de cette résistance. C'est ce qui offre toutes les interprétations possibles. C'est ce qui a fait peur au studio. C'est ce qui fait de Terry Gilliam, un perdant gagnant inoubliable


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 26/01/2011