Alors que l’animation japonaise a été difficilement acceptée en France, grâce notamment aux œuvres de Miyasaki, voici un pur produit du pays du soleil levant dont la confidentialité assumée risque d’éconduire même les publics les plus ouverts.
Tout commence dans un collège tout à fait banal. Les brimades et la mise en exergue de la réussite scolaire sont le lot quotidien des chères petites têtes brunes nippones. Pour un garçon lambda comme notre héros, rien ne pouvait bouleverser ce quotidien et le faire basculer dans l’onirisme. Rien, si ce n’est l’arrivée d’un nouvel élève.
Ce dernier devient vite la coqueluche des filles et suscite la jalousie de bad boys pré-pubères. Au détour d’un chantier de construction, le beau gosse va montrer aux durs à cuire qu’il n’y a pas que la beauté qui puisse être fatale. D’autant plus lorsqu’on est capable d’invoquer des créatures démoniaques et de traverser les dimensions.
Avec un tel ami, notre collégien va voir le champ des possibles s’élargir mais, nécessité faisant loi, il va surtout en profiter pour partir à l’aventure en quête d’une divinité capable d’exaucer son souhait le plus cher : sauver sa famille des fléaux modernes.
Tout continue dans un monde tout sauf banal, où il devra devenir plus fort et plus mature en combattant ses ennemis. Avec l’aide de compagnons de route, il apprendra qu’être un homme, c’est ardu.
Les personnes qui n’auront jamais joué à un jeu de rôle japonais sur console vidéo vont se retrouver perdues. On y parle de niveaux d’expérience, de boss finaux, d’arme suprêmes, de donjons remplis de créatures mal intentionnées et de romance surannée. Non pas qu’il n’y ait pas d’intérêt à tout ceci, loin s’en faut, mais le voir en tant que spectateur en vaut-il la peine ?
Pas de mise en abyme à l’horizon, juste une quête initiatique avec ses rites de passages dans une ambiance très didactique. Il en ressort un récit complètement foutraque où certaines ellipses frôlent l’indigence. Les personnages sont extrêmement caricaturaux et correspondent aux clichés du genre, du fétichisme (fantasme de la fille aux oreilles de chat) à la surenchère du kawaï (terme que l’on pourrait rapprocher du concept de la chose mignonne et enfantine).
Entre poussins multicolores et dragons à fourrures provoquant autant d’émois que la vue de chatons dans un panier, tout va être amplifié jusqu’à suinter généreusement sur l’écran. Cela aurait pu avoir un intérêt si le scénario avait été plus fouillé, la morale moins niaise (le bien, le mal, le yin, le yang, la famille, l’amitié, tout ça), les longueurs moins pesantes, la narration moins démonstrative, les images de synthèses mieux intégrées au dessin traditionnel… Bref, un tout autre film.
Bien que le tout soit dynamique et bon enfant, si l’on ne s’ennuie pas, on hésite beaucoup à le faire.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 04/02/2008