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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Boxe boxe

Boxe boxe

Mourad MERZOUKI et Cie KäFIG

du 29 octobre au 6 novembre 2010 Théâtre de Chaillot - 75008 TP: 32€

Et ta critique ?




 

Un étonnant triomphe !

 

La boxe peut être vue comme une pratique vulgaire, comme un sport de brutes qui se démolissent le portrait à grands coups de poings dans la gueule. C’est oublier un peu vite que la boxe est un « noble art », qu’elle parle de dépassement de soi et de beauté du geste. De douleur aussi. De corps contraints et martyrisés.

Autant de points communs avec la danse. (Les tireurs en boxe française - pieds-poings - ne sont-ils d’ailleurs pas surnommés des danseuses ?)

 

Beaucoup d’artistes ne s’y sont pas trompés, de l’écrivain Norman Mailer à la chorégraphe Régine Chopinot, qui ont rendu hommages à l’abnégation surhumaine des boxeurs. Avec Boxe boxe, c’est au tour de Mourad Merzouki, lui-même ancien pratiquant d’arts martiaux, de célébrer la boxe en la mélangeant au hip-hop.

 

Le spectacle commence comme un spectacle de marionnettes avec les gants de boxe, pour le plus grand plaisir du (jeune) public. Mourad Merzouki adoucit la boxe, il atténue sa violence intrinsèque en forçant le trait de l’humour ; il n’évite pas l’écueil de la drôlerie du boxeur maladroit assommant l’arbitre, un arbitre au gros ventre qui ressemble à une grosse framboise rouge et noire.

 

Mourad Merzouki construit sa chorégraphie sur des mouvements de boxe pieds-poings. En dépit de la superstition qui interdit de parler de corde dans un théâtre, les boxeurs-danseurs évoluent au son d’un quatuor à cordes. (Un boxeur pouvait-il choisir autre chose que les cordes pour l’accompagner ? Cordes du ring, la corde à sauter…)

 

Il y a du talent chez les interprètes avec - comme on dit dans le milieu du hip-hop (sic)- une spéciale dédicace pour l’arbitre, particulièrement talentueux. (En revanche, on se demande un peu, à dire vrai, ce que Magali Duclos, laborieuse danseuse, fait sur la scène d’un théâtre comme Chaillot.)

 

Mais finalement, c’est lorsque Mourad Merzouki revient à la pure boxe qu’il est le plus intéressant. Très beau moment où ce danseur s’épuise à frapper dans un sac avec force coups de pieds hauts voire sautés. Le danseur, dont on apprécie la puissance physique et la précision, montre d’une façon très simple que la boxe est avant tout un combat contre soi-même et que, dans les spectacles sur la boxe, c’est encore la boxe le plus beau !

 

Boxe boxe est un spectacle plaisant à regarder, en dépit du mauvais goût des accessoires et des éléments scéniques, mais l’on est tout de même un peu surpris par l’incroyable - et à mon sens quelque peu démesuré - triomphe que lui réserve le public de Chaillot.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 03/11/2010