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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Boubouroche

Boubouroche

Georges COURTELINE

En tournée dans toute la France, chronique sur la représentation du 5 novembre à Plaisir

Et ta critique ?




Nicolas Briançon monte Boubouroche de Courteline dans une adaptation de Philippe Uchan. Une adaptation caustique et dramatique du plus célèbre cocu de Courteline.


Boubouroche est une courte nouvelle de Courteline sur l’adultère éditée en 1892 avant d’être adaptée en pièce. En bon bourgeois, Boubouroche se plaît à entretenir Adèle dont il est tombé amoureux. Adèle en profite éperdument en trompant l’homme plein de bonté et de naïveté. Elle en profite pour lui demander de l’argent et vivre à ses crochets. Mais un jour, le voisin d’Adèle, qui entend toutes les vicissitudes amoureuses d’Adèle, révèle à Boubouroche qu’il n’est qu’un cocu comme le sont de nombreux hommes. Il le fait par philosophie et par amour de l’honnêteté. Boubouroche, terrassé par la nouvelle, fouille la demeure d’Adèle et trouve par hasard – un courant d’air éteint la lumière- un filet de lumière s’échappant d’un immense buffet de chêne. L’amant est trouvé à l’intérieur, veillant et attendant sa fin. Avec un culot démesuré, Adèle retourne la situation en faisant croire à Boubouroche que l’homme est présent dans ce buffet à cause d’un long secret de famille. Boubouroche résiste mais Adèle menace de le quitter s’il ne la croît pas. Boubouroche, piégé et aveuglé par la douleur, finit tragiquement par la croire, promettant de battre dès qu’il le reverrait l’homme plein de philosophie… Boubouroche où la crédulité des hommes préférant restés aveugles et croire à leur condition bourgeoise plutôt que d’assumer le réel… et partir.

Dans cette adaptation théâtrale, contrairement à la nouvelle de Courteline, le philosophe ne vaut pas mieux que les autres hommes et prend une toute autre importance. Ici, tout est mis en œuvre pour transformer le drame moral bourgeois de Courteline en comédie dramatique légèrement « Feydeau-isée ». Alléger partiellement le propos en ajoutant de la comédie grâce à des entrées, des sorties de scène et des échanges aux vives réparties. Le travail sur le texte est habilement réalisé. Les dialogues de la nouvelle ont été repris et d’autres textes de Courteline ont été ajoutés et adaptés. Les fans reconnaîtront des échanges inspirés de la Peur des coups, courte saynète sur la poltronnerie des hommes. L’amant André, joué ici par Lorànt Deutsch, est de ceux-là. A chaque bruit, il grimpe dans son buffet attendant que le mauvais moment passe. Les décors fonctionnels permettent de basculer en quelques tours de passe-passe de l’appartement d’Adèle à l’Auberge du clou, référence au laboratoire de pensée dans lequel Courteline observait le monde et écrivait.

Si l’interprétation de Lorànt Deutsch manque un peu d’épaisseur et de conviction ce soir là - il vacille entre le rôle d’un amant poltron et celui d’un entremetteur proxénète vivant lui-aussi aux crochets de Boubouroche - on sera totalement absorbé par les jeux d’Urbain CANCELIER dans Boubouroche, de Caroline MAILLARD dans Adèle et de Philippe BEAUTIER dans Potasse/Amédée, parfaits dans leur rôle. Urbain joue un Boubouroche passant du rire à la tristesse avec une bonté d’âme étonnante. Cela ne fait qu’amplifier le jeu de Caroline Maillard qui se plaît, sans temps mort aucun, à passer de la déclaration d’amour au mensonge avec une facilité et une cruauté à faire pâlir plus d’un homme. La pièce est tonique et rythmée pour accentuer la terrible chute de Boubouroche. Les libertés prises par l'adaptation avec la brièveté si chère à Courteline accentuent  les sentiments de pitié et de tendresse chez le spectateur. L’équilibre est juste et ne souffre pas de longueur.


Urbain Cancelier

Philippe Uchan signe là une adaptation sur la médiocrité humaine qui résiste au temps. Si la nouvelle s’appuie intelligemment sur la vraisemblance, cette version met habilement en valeur l’attitude paradoxale des humains qui pratiquent le mensonge avec autant d’habileté que la vérité. Une bonne pièce dans laquelle on rit pour mieux grincer des dents. A voir.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 11/11/2010