Voir Bruges et mourir. La cité médiévale belge accueille deux malfrats britanniques en quête de repos et d’oubli. Un film au style particulier qui a le mérite d’être réussi.
Assassiner un prêtre à la veille de Noël, il y a de quoi se remettre en question. Surtout quand le contrat ne se passe pas du tout comme prévu. C’est ainsi que deux hommes de main un peu patauds se retrouvent à attendre un coup de fil dans le plat pays qui n’est pas le leur. Alors que l’un se délecte des merveilles touristiques qu’offre le lieu, l’autre s’ennuie fermement jusqu’à ce qu’il trouve une jolie blonde à son goût.
Alors que la brume se répand insidieusement dans des paysages de cartes postales, la mélancolie s’empare des êtres donnant à ce petit théâtre du calvaire mafieux des airs de tragédie grecque. Car, malgré le ton léger de cette comédie, le drame ne tarde pas à pointer le bout de son nez, et chacun devra affronter ses responsabilités tôt ou tard.
Le premier détail qui saute aux yeux dans ce polar rondement mené est la maîtrise de son sujet. À bien y regarder, rien n’est à jeter même si le particularisme du traitement pourra rebuter ceux qui s’attendent à quelque chose de plus dynamique. L’humour et le rythme à l’anglaise conviennent pourtant parfaitement à l’ambiance gothique de la ville qui accueille le récit.
La psychologie des personnages se mêle aux décors et l’onirisme revêt un caractère particulier. Les changements de ton sont fréquents et le réalisateur assume ses choix jusqu’au bout malgré un calibrage de plus en plus systématique du cinéma anglo-saxon.
Et que dire de l’interprétation de Colin Farrel, Brendan Gleeson et Ralph Fiennes, pour ne citer qu’eux, qui donne une dimension juste et sensible à des personnages improbables d’humanité, étant donné les circonstances.
Au milieu de dialogues décalés, ce buddy movie atypique remplit toutes ses promesses et va même plus loin. Certes, c’est très noir et parfois hermétique, mais, comme on le dit souvent à propos de défauts mineurs, c’est ce qui fait son charme. Un quasi sans-faute.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 30/06/2008