Un roman filial qui, à force de bons sentiments dégoulinants et de clichés mille fois ressassés, lasse le lecteur le plus disposé à l’indulgence.
De Pierre Charras, on se souvient de Dix-neuf secondes, prix du roman FNAC 2003 où défilait la vie de quelques passagers du métro dans les secondes précédant un attentat meurtrier. C’était un livre au suspense prévisible, mais bien ficelé.
Son dernier roman, Bonne nuit, doux prince, est également de lecture facile, mais n’arrive ni à capter notre attention, ni à nous émouvoir.
Pourtant, dans le domaine de l’émotion, Pierre Charras en fait des tonnes : le narrateur "trace le portrait de son père, né en 1911. Avec des mots justes et simples, il ressuscite les cartes postales nostalgiques d’un bonheur familial fragile", dixit la quatrième de couverture. Au fil des pages, les cartes postales deviennent des clichés tellement caricaturaux qu’on se demande si on va réussir à aller jusqu’au bout de ce roman pourtant très court.
Le narrateur raconte la vie de son père, bourru mais grande âme, amoureux de sa femme, mais pudique dans ses sentiments. Les souvenirs sont égrainés comme autant d’images d’Epinal :
- le père se rase : "Le dimanche, j’étais là et je le regardais se raser près de la fenêtre […] J’avais envie d’applaudir. Mais je ne bougeais pas du tout, parce qu’il y avait la suite. Avant de passer son blaireau sous le jet, il me l’appliquait sur le bout du nez."
- le retour du père du travail : "Il rentrait du travail comme un guerrier revient de guerre."
- l’installation de la crèche à Noël : "Il vide les cartons. L’enfant l’observe. Dans le plus grand, il y a la crèche. […] Car il faut bien le dire - le redire ? - la grande affaire de mon père, c’était l’amour."
- et... les parties de pêche, entre hommes bien sûr : "Nous sortons dans la nuit. […] Nous ne parlions pas, nous étions trop heureux pour cela. […] Et son regard de fierté… Un regard que je n’ai pourtant pas su lire, alors."
Stop ! N’en jetez plus !
Bien sûr les petits garçons admirent leur père, la communication en grandissant n’est pas toujours facile et c’est quand les gens disparaissent que l’on comprend, trop tard, ce que l’on a perdu ! Mais il y a des manières tellement plus subtiles de le dire ou juste de l'esquisser.
Si vous aimez les banalités qui dégoulinent de bons sentiments, Bonne nuit, doux prince est peut-être pour vous, sinon passez votre chemin.
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 15/10/2007