Bénureau présente son nouveau spectacle, Bobo, une galerie de portraits vitriolés sur les hypocrisies humaines et leurs cruautés.
Bénureau a choisi de nous représenter de drôles de figures dans ce spectacle. Que l’on s’arrête sur les enfants qui rêvent d’extra-terrestres "numides", sur une vieille belle-mère, sur une victime de la surconsommation ou sur une Marie-Fleur du 17e arrondissement de Paris venant prêcher la bonne parole écologiste occidentale au Soudan pour pouvoir skier en dessous de 2000 m d’altitude, tous semblent ravagés par une extrême cruauté.
Fil conducteur incontestable de ce nouveau spectacle, la bêtise qu’elle soit humaine ou sociale à de beaux jours devant soi… Mais s’il est plutôt facile de dénoncer celle-ci en tirant à boulet rouge sur tout ce qui la révèle, il est en revanche moins aisé de le faire avec talent.
Bénureau est un clown comédien autant que comédien clown. Poussant le vice jusqu’au bout, ses personnages deviennent des monstres passant réciproquement en un clin d’œil de l’horreur à la naïveté, à la candeur d’un enfant. L’imagination de Bénureau est une lente dérive jusqu’aux limites du représentable pourtant si vraisemblable.
S’il est de mode d’orienter de plus en plus l’art du one man show vers les stand-up, ou des sketches fondés sur l’art de la tchatche et du micro, ici il n’en est rien. Nous assistons bien à un moment de théâtre. La mise en scène et les éclairages se rapprochent d’une pièce faisant voler en éclat les traditionnels noirs brutaux des fins de sketch, la collaboration avec Xavier Durringer apporte une théâtralisation évidente. Le cyclo de fond de scène, seul élément de décor, permet de colorer l’ensemble et de partir plus facilement dans l’imaginaire et l’absurde.
Seul en scène, le rythme est très soutenu et ne souffre jamais de baisse de régime même si les sketches sont inégaux dans l’écriture (Cocteau et les autoreverse). Cependant, dans ses écueils d’écriture, le corps de Bénureau exerce son pouvoir visuel et rehausse largement ces légèretés. Bénureau a un grand talent pour féminiser ses personnages sans tomber dans la caricature de corps. On pourrait regretter peut-être une phrase too much sur le skecth de la femme de député alcoolique qui contraste avec la finesse d’interprétation de l’ensemble, la performance de corps suffisant à maintenir en haleine le spectateur.
On croise par ailleurs un jeune catholique inventant des chansons pour Jésus au ukulélé, un bobo pratiquant à outrance le name-dropping en chantant des références culturelles non digérées et probablement dépourvues de sens, un évêque travesti faisant son coming-out, un comédien de la lignée d’Arditi d’une prétention sans nom, un consommateur mourant en criant "C’était donc ça la vie, un caddie plein à ras bord". Des personnages aussi touchants par l’interprétation que ridicules par l’esprit.
Avec un coup de cœur spécial au sketch sur les communautarismes, où l’ego occidental en prend pour son grade avec une justesse incroyable et un texte qui devrait être appris dans les écoles, ce spectacle est une vrai réussite adressée à toutes les tartufferies… A voir.
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 22/03/2007