En 1997, après deux ans d’absence, Blur revient avec un album éponyme qui marque une franche rupture avec leurs quatre précédents opus.
Tout va bien pour Blur ? A en regarder la civière fonçant dans un ascenseur qui orne la pochette, on peu croire que non.
En 1995, après "The great escape", album terminant leur trilogie brit-pop, Blur est encore considéré comme un groupe à minettes, des textes et des instrumentations complexes plaquées sur une pop délicieuse.
Donc, en 1995, le chanteur Damon Albarn sombre dans la dépression et le guitariste Graham Coxon peine à sortir de problèmes d’alcoolisme. Là où le groupe aurait pu laisser sa peau, il n’en ressort que grandit. En effet, Damon part en Islande se refaire une santé, Graham se soigne définitivement, et les deux têtes pensantes font repartir Blur sur de nouvelles bases.
Dans ce disque, le groupe fait comme chez Monsieur Propre en nettoyant tout du sol au plafond, et révèle son vrai visage, plus sombre, plus abrupt, celui d’une formation qui doute, qui ne se cache plus derrière des personnages et qui parle enfin d’elle (comme en témoigne le titre de l’album "Blur", mais pour éviter la confusion avec le groupe, on peut parler d’album orange).
Ils dégraissent alors leur musique, ôtent violons, cuivres et reviennent à leurs guitares, basses, batteries. Attention, même si l’album possède un côté artisanal, Blur agrémente ses chansons d’effets sonores et de vocoders, de la noisy grand public en quelque sorte. Car après leurs précédentes pop songs (où planaient déjà les prémices de cet opus-la, cf. Stereotypes et le single Popscene) où le groupe rendait hommage aux Kinks ou à XTC, Blur se tourne vers l’Amérique et Sonic Youth (Essex dogs), les Ramones (Chinese bombs), Beck (Country sad ballad man), le grunge (Song 2), le trip-hop (Death of a party) ou encore le lo-fi (You’re so great, écrite et interprétée par Graham Coxon). De plus, comble du luxe, les quatre musiciens s’offrent M.O.R., chanson composée par le tandem David Bowie/Brian Eno.
"Blur", album des paradoxes (artisanal et électronique, s’ouvrant à quantités d’influences et finalement si personnel), est, avec son antithèse "The great escape", à se procurer d’office. Ne partageant presque rien avec ce dernier (fini la pop mélodieuse et place au rock revêche), Blur tourne une page, mais quelle page !