RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Lundi 21 Mai 2012Musique

 Bleu Pétrole

Bleu Pétrole

Alain BASHUNG

(Barclay - 2008)

Et ta critique ?




« Il pose deux mots sur une musique et ça devient du Bashung ». On ne peut mieux qu’Arman Méliès résumer la singularité de ce grand artiste de la chanson française. Un Bashung qui revient, avec son album Bleu pétrole, à des chansons plus directes, dans un style plus folk, après deux œuvres exigeantes et parfois expérimentales et parfois limite prises de tête il faut bien le dire (Fantaisie militaire et L’Imprudence).

Bleu pétrole est un album dont la gestation fut plutôt lente : quand il s’agit d’écrire pour Bashung, ça se bouscule au portillon et le chanteur tranche, parfois à contre-pied des attentes. Des plumes prestigieuses (Miossec, Dominique A., Daniel Darc) ont ainsi été écartées au profit de jeunes pousses comme Arman Meliès, Joseph d’Anvers et surtout Gaëtan Roussel, de Louise Attaque, qui s’est imposé comme principal collaborateur, signe la majorité des titres et  co-produit même ce disque, où l’on peut aussi entendre des chansons de Gérard Manset ou Leonard Cohen.

Et alors, ça donne quoi, tout ça ? Au début, un mélange de satisfaction pour la musique, la production limpides, où les guitares ont la part belle, mais aussi de méfiance, car les premiers titres écrits par Gaëtan Roussel penchent parfois vers la caricature (Je t’ai manqué, Résidents de la République, Hier à Sousse). On a l’impression qu’il s’est un peu trop appliqué à faire du Bashung, c'est-à-dire en gros des textes pas très compréhensibles avec des jeux de mots dedans, ce qui en fait, on s’en rend compte, n’est pas à la portée de tout le monde. Heureusement, Bashung est un musicien et un interprète hors du commun, sa voix ne cesse de s’enrichir,  il pourrait rendre poignant du Obispo, ou même faire tout un album rien qu’en chantant « la, la, la »,  et finalement tout passe plutôt bien, grâce encore une fois à la musique et à la musicalité de Bashung.

Et puis Gérard Manset intervient, et à partir de Vénus, le niveau monte sérieusement, pour culminer avec les 9 minutes de Lego, du pur Manset, dont l’univers concorde si bien avec celui de Bashung (et qui lui maîtrise magnifiquement la poésie abstraite).Bon, évidemment, on a fait plus optimiste, comme chanson, et la suivante, Sur un trapèze, excellente compo de Roussel, paraît presque légère à côté. Citons aussi Je tuerai la pianiste, autre grand morceau tordu (dans un album qui parfois manque un peu d’aspérités) et deux très bonnes car très casse-gueule reprises d’Il voyage en solitaire de Manset ainsi que de Suzanne de Leonard Cohen. Là encore il n’y a que Bashung pour reprendre cette scie folk un peu usée, dans la v.f. du bon Graeme Allwright.

Quant à Il voyage en solitaire, qui clôt le disque (et peut-être même l’œuvre de Bashung, vu son état de santé alarmant), Manset l’a écrite pour lui-même en 1975 mais elle lui va comme un gant, à Alain l’Alsacien.  « Il pose deux mots sur une musique et ça devient du Bashung »… A voir de toute urgence, et si Dieu le veut, en novembre prochain à l’Olympia.


Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 01/07/2008