Le grand écrivain suédois, qui s'est intéressé aux figures réligieuses ou mythologiques, trouve son inspiration dans le réel auprès de femmes au destin incroyable.
C’est un bien étrange roman qu’a écrit Per Olov Enquist, d’après le Livre des questions de Blanche Wittman sur les destins croisés de Blanche et du neurologue Charcot, et de Marie et Pierre Curie.
Internée à la Salpétrière, Blanche se prêta, pendant seize ans, aux expériences d’hypnose du professeur Charcot qui exhibait les malades devant un amphithéâtre d’étudiants.
Intelligente et séduisante, elle était la patiente favorite du médecin jusqu’à sa mort, dont elle se déclarait coupable. Guérie, Blanche devint l’assistante et la confidente de Marie Curie. Brûlée par le radium, elle sera amputée des jambes et d’un bras, survivant dans un corps mutilé et minuscule.
Amie follement dévouée, Blanche recherche la véritable nature de la passion, les rapports entre l’amour et la science, analysant le lien qui a uni Marie à Pierre, puis sa liaison fatale avec le physicien Paul Langevin. Marie Curie sera honnie pour avoir brisé le foyer des Langevin, et pour des rancœurs plus tenaces : étrangère, juive, elle a obtenu deux fois le prix Nobel.
De sa lueur bleutée, la pechblende, symboliquement le feu de la science, irradie les deux femmes qui poursuivent leurs recherches avec un courage et une ténacité inouïe.
Le récit redonne à ces deux femmes une dimension emblématique, féministe et héroïque. La construction du récit procède de retours en arrière et de répétitions, comme un questionnement scientifique, en même temps mélopée incantatoire. Malgré la dureté des situations vécues par les protagonistes, l’ouvrage, très documenté sur l’histoire des sciences, est empreint d’une philosophie optimiste, car "l’amour triomphe de tout".
Cécile Robin
© Etat-critique.com - 28/05/2007