Blackbird est une pièce forte sur un sujet difficile (la pédophilie) servie par deux comédiens brillants qui peinent à convaincre totalement.
Un homme mûr, une jeune femme. Ils sont dans la salle de repos d’une usine, avec des armoires en métal et une poubelle regorgeant de restes de sandwiches.
Il est sur son lieu de travail et ne comprend pas pourquoi elle vient l'y déranger. Manifestement, sa présence le met mal à l’aise et il a peur des questions que ses collègues ne manqueront pas de poser.
Les retrouvailles ne sont pas chaleureuses mais tendues, fiévreuses. On sent qu’il craint le scandale. Très vite, on comprend où est le hic : Ray (devenu Peter) a couché avec Una lorsqu’elle avait douze ans et lui quarante, il y a vingt ans de cela. Elle lui en veut, il lui répond qu’il a payé, qu’il ne lui doit plus rien, qu’elle n’a pas à venir le trouver sur son lieu de travail.
« J’ai perdu plus que toi » réplique-t-elle, « Parce que j’ai jamais eu ».
Una (Léa Drucker) raconte dans un très long monologue les suites immédiates de cette soirée où Ray a couché avec elle avant de l'abandonner. Elle est agressive, tendue, elle cherche la confrontation.
Lui (Maurice Bénichou) l’écoute en silence, prostré, avant de livrer sa propre version des faits. Il est tout en retenue, en tension contenue.
Maurice Bénichou est assez génial et Léa Drucker s’en tire parfaitement dans l’exercice du monologue interminable et dense.
Et pourtant, la pièce ne parvient pas à nous bouleverser, malgré un texte assez fort.
Est-ce la faute au décor ? Il est en effet est bien trop propre, presque clinique, alors qu’il est censé être froid mais crasseux, voire dégoûtant.
Est-ce la faute au metteur en scène (Claudia Stavisky)? Le talent des deux comédiens n’est plus à démontrer, et pourtant leurs déplacements sont mous, tout comme leurs empoignades qui manquent d’intensité. Il y a un décalage sensible entre la force des mots et la mollesse des corps.
Mais que l’on soit bien clair : la pièce est loin d’être ratée et, si l’on ne regrette pas de l’avoir vue, l’on se dit tout de même qu’elle est passée à deux doigts du chef d’œuvre.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 17/12/2008