Déjà dès le premier soir, Black Swan du chorégraphe suisse Gilles Jobin ne suscite pas l’intérêt du public du Théâtre de la Ville, dont la salle des Abbesses n’affiche pas complet.
Les passionnés de danse contemporaine (on ne conseille ce spectacle qu’aux omnivores !) auront encore jusqu’au 5 décembre la possibilité d’assister à la nouvelle création de Gilles Jobin aux Théâtre des Abbesses.
Malheureusement Black Swan ne convainc pas du tout. Tout en se revendiquant d’une liberté absolue, d’une volonté de déconstruire les gestes codifiés de la danse contemporaine, d’introduire une « inquiétante étrangeté » sur la scène, la nouvelle proposition chorégraphique de Gilles Jobin donne l’impression de divaguer de manière maladroite, de ne pas réussir à mettre en œuvre une quelconque proposition nouvelle, à faire vivre et à créer une force, une énergie par le biais des quatre corps (deux hommes, dont le chorégraphe même, et deux femmes) confrontés à une musique à la fois puissante et hypnotique.
Black Swan laisse une sensation de devoir mal fait, d’ébauche pas assez travaillée.
Peut-être s’agit-il d’un work in progress capable par la suite de se transformer en une structure dense, solide, affirmée ? Pour l’instant, les 55 minutes de cette création ne donnent à voir qu’un manque de maîtrise des objets que Gilles Jobin met en scène (des gants à forme de lapins, des poney en peluches, de longs bâtons métalliques) et une forte imprécision dans la coordination des quatre danseurs.
Le spectateur a du mal à entrer dans la chorégraphie car le manque de rythme et de structure n’est pas remplacé par autre chose. Cette supposée liberté des corps et des gestes ne dit rien, ne communique absolument pas avec le public. Les solos des danseurs, ainsi que les moments en groupe ne génèrent pas une densité, un dynamisme force de proposition. Les objets, les corps, la musique coexistent sans rentrer en relation, sans que ces rencontres, ces propositions visuelles suggèrent des possibilités émotionnelles ou esthétiques, sans que le « décalage » sur lequel se base cette création sache au moins articuler de manière fine et savante un déséquilibre brillant ou captivant.
Une volonté de semer le trouble dans la danse contemporaine, une tentative qui est malheureusement mal employée, qui n’arrive pas à exploiter les possibilités des corps et de la scène.
http://theatredelaville-paris.com/spectacle-gilles-jobin-158
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 03/12/2009