Avec Carice Van Houten, Sebastian Koch, Thom Hoffman et Waldemar Kobus - Pathe - 2005
Et ta critique ?
Toujours la misère au cinéma! Les chroniqueurs boudent: ils ne se sont pas remis de Sex & the city 2. Donc on se met à l'heure de la coupe du Monde. Aujourd'hui, on salue les Pays Bas qui rentrent dans la compétition. Hommage au plus violent des Hollandais!
Black book bouscule les conventions et les codes du film historique. Comme d’habitude, Paul Verhoeven, revenu d'Hollywood, en profite pour brusquer la morale.
La Hollande sous l’occupation allemande. Une jeune femme récite une prière catholique. Rachel Stein est juive, chanteuse et se cache dans une ferme isolée. Lorsque sa cachette est découverte, elle tente par voie maritime de s’enfuir avec sa famille et d’autres juifs, mais leur embarcation est découverte par les nazis.
Seule rescapée, elle change d’identité, devient la blonde et pétillante Ellis de Vries et ne tarde pas à se faire remarquer par les autorités allemandes. Elle travaille en réalité pour la résistance et veut se venger de l’officier qui a exécuté sa famille.
Plus film de résistance que film de guerre, Paul Verhoeven s’est assagi. La reconstitution est clinquante. La Haye est une ville magnifique et tous les stéréotypes du genre sont présents : le nazi bourru, le résistant héroïque, la belle espionne et tout le décorum.
Décidément l’expérience américaine a pesé sur le terrible cinéaste, responsable d’œuvres subversives, mais pas revenu de l’échec artistique d’Hollow man. Classique dans la forme, le film ressemble à un feuilleton rondement mené mais peu original. Black Book s’apparente alors à un hommage au film d’espionnage d’après guerre !
Mais Verhoeven reste un petit malin. Les conventions, il les réduit en bouillie à la moitié du métrage, sur une idée simple et terriblement perturbante : si la résistante juive tombait amoureuse du capitaine nazi ? Une proposition atypique que le cinéaste développe au point de rendre le nazi attachant. Le principe est casse-gueule, mais remodèle le genre.
Les résistants ne sont pas de glorieux combattants. Au contraire, la résistance naît parfois d’aspirations égoïstes et peu humanistes. Verhoeven secoue le spectateur. Il y a bien sûr ces petites provocations qui le font passer pour un pervers salace, mais le batave débusque le mal au-delà de la bienséance et du politiquement correct.
La guerre rend les humains, abominables. Que l’on soit du "bon" ou du "mauvais" côté. Son héroïne, sublime et courageuse, est vite transformée en pantin manipulé par des personnages mesquins. Après les Etats-Unis, Verhoeven observe l’histoire de son pays, avec le même humanisme sombre. L’un des protagonistes dit : "L’homme a des profondeurs insoupçonnées". Cette phrase résume bien la plongée abyssale à laquelle nous confronte l’œuvre entière de Verhoeven.
Son dernier film avait l’air d’échapper à cette règle. Le réalisateur néerlandais berne le spectateur, qui se rappelle alors l’importance de son cinéma grandiloquent mais exigeant.