Biutiful Cauntri : une effroyable visite des décharges à ciel ouvert en Campanie. A faire froid dans le dos.
Raffaele Del Giudice, un sympathique militant écologiste italien, nous emmène en balade. Une visite désespérante d’une région qui étouffe sous les immondices.
La région en question, c’est la Campanie, une zone agricole jadis préservée où paissent de belles brebis et où se baignent tranquillement de majestueuses bufflonnes à qui l’on doit la mozzarella (la vraie, celle qui a du goût).
Les immondices, ce sont pas moins de 1.200 décharges abusives (chiffre officiel, le nombre réel des dépotoirs d’ordures étant incalculable).
Le résultat, c’est une faune, une flore, et une population qui asphyxient sous les déchets (toxiques). La faute à qui ? La Camorra fait un coupable idéal, mais elle ne pourrait agir sans complicité au niveau de l’Etat…
Pour résoudre le problème de la dioxine dans le lait de brebis, on tue les brebis.
Parce que c'est plus facile, et parce que les pauvres bêtes ne se révolteront pas.
A part ça, on ne fait pas grand-chose, si ce n'est créer des décharges supplémentaires ou construire des incinérateurs qui, bien qu'officiels, ne respectent aucune norme environnementale.
Esmeralda Calabria semble avoir réalisé son documentaire en quelques jours, concentrant son film sur une poignée de personnages évoluant dans une zone géographique limitée. Le côté bricolé ne nuit pas au film. Au contraire, la proximité avec le sujet et la triple unité de temps, de lieu, et d'action, relèvent le caractère tragique, et donc universel, du propos.
Ainsi, l’opposition entre le Nord de l’Italie (d’où proviennent certains déchets) et le Sud (la région de Naples qui croule sous les poubelles) nous renvoie à l’opposition Nord-Sud au niveau mondial.
Et lorsqu’on voit la « politique » de gestion des déchets en Italie, on ne peut que se demander ce qu’on fait exactement de nos poubelles, chez nous…