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Lundi 21 Mai 2012Musique

 Bird Head Son

Bird Head Son

Anthony JOSEPH & THE SPASM BAND

(Naïve - 2009)

Les commentaires

Nicolas Lejeune

Le 24/01/2010

Sur un groove lancinant à la croisée du funk, du free jazz et des rythmes carribéens de sa Trinidad natale, le poète Anthony Joseph scande ses textes habités. Magnifique, tout simplement. Et terriblement groovy avec ça !

Anthony Joseph a grandi à Trinidad et Tobago, c'est-à-dire le pays du calypso, et vit depuis 1989 en Angleterre où il est d'abord reconnu pour sa production littéraire. Poète, romancier, universitaire reconnu, il a formé le Spasm Band en 2005 afin de concilier son amour des mots à celui des rythmes et des mélodies qui l'ont bercé depuis ses premiers jours.

Dès la première écoute, sa musique frappe par la multiplicité des influences qui la composent : funk, soul, free jazz, calypso et soca de son île natale, afro-beat, rock, et le rythme des cérémonies afro-baptistes de son enfance. Comme il le dit lui-même, sa musique est un reflet de la diaspora black telle qu'on la retrouve dans des cités cosmopolites comme Londres. Elle lorgne vers le syncrétisme de la Great Black Music des années 70 (voir chronique du livre de Philippe Robert) jouée par des artistes comme le saxophoniste Joe McPhee, l'Art Ensemble Of Chicago. Sa démarche rappelle bien sûr celle d'un Gil Scott-Heron ou du poète anglo-jamaïcan Linton Kwesi Johnson qui comme lui scandaient leurs poèmes sur fond de soul-funk pour l'un ou de reggae pour le second. On pense également aux poètes et pré-rappers des Last Poets.

Pour cet album, Anthony a choisi de mettre en musique des textes tirés de son dernier livre, intitulé également "Bird Head Son", sorti en 2008 mais qui n'a pas été traduit en Français.

Les deux premiers morceaux sont de véritables tueries musicales. Anthony a diablement choisi son groupe qui se révèle excellent et qui transpire le feeling et le groove. Un guitariste, Adrian Owusu, qui rappelle Jimi Hendrix, et parfois jusqu'à six percussionnistes sur scène ! On retiendra côté invités la présence de Keziah Jones qui vient prêter main forte sur quelques morceaux avec son feeling inné, et aussi du saxophoniste Joe Bowie (du groupe Defunkt) qui se distingue par un phrasé free et strident. Il est notamment à la fête sur "Blues For Cousin Alvin", le 2e titre, parfait exemple du "voodoo funk" pratiqué par Anthony et son groupe. La suite, un rien en-dessous musicalement, reste tout de même de haute volée, avec des textes colorés d'une grande inventivité poétique, mélant réalisme et abstraction, souvent consacrés à sa jeunesse trinidadienne. Le groupe qui l'accompagne a parfaitement réussi à fondre la musique et les mots, créant pour chaque texte une ambiance particulière, tout en maintenant tout au long du disque une identité sonore très en place.

Ce qui donne tout simplement un des grands albums de feu cette année 2009, qui comble surtout par sa générosité et sa chaleur, sans se départir d'un certain mysticisme.

Et ta critique ?




La musique noire pour les nuls ! Le second album du prédicateur Anthony Joseph et son groupe rappelle toute la richesse des sons venus d’Afrique et des îles. Un très beau voyage !

ça réveille ! Si vous avez les matins maussades, essayez l’album du barbu Anthony Joseph. Le musicien convoque tous les ingrédients délicieux de la musique noire. Véro, le premier titre de l’album, vous entraîne sur les terres chaudes de l’afro beat et de la soul caraïbienne.

En plus de réveiller, cela réchauffe sérieusement et cela donne envie de se remuer. Ce que confirme la suite du disque. Le saxophone n’en fait qu’à sa tête et donne du volume. Le blues ici se nourrit du jazz et des virtuosités de Fela Kuti.

"Bird head son" est un formidable concentré des musiques venues d’Afrique d’une manière ou d’une autre. Anthony Joseph, écrivain venu de Trinidad, s’abandonne à tous les styles et réussit à les maîtriser. Le disque pourrait être un guide de la musique noire.

Slam, funk, free jazz, tout se mélange et permet un beau voyage. La guitare est légère et soutenue. Les percussions conservent en permanence un mystère créole. Les cuivres caressent parfaitement nos oreilles et les morceaux savent se calmer.

La grande intelligence du disque, c’est d’éviter la démonstration. Les influences sont nombreuses et évidentes. Elles n’écrasent jamais le chanteur et son groupe. Ils défendent une douce musique pleine d’utopie, de combat et d’énergie.

La voix d’Anthony Joseph est un instrument de plus dans un groupe qui cherche visiblement l’harmonie. Il y arrive très souvent. On retiendra particulièrement le saxophone capricieux qui se promène sur les chansons. On appréciera l’apport de la musique venue des Caraïbes (à quand la réhabilitation de la flute ?).

Rapidement on est bercé par ce son instrumental et faussement nonchalant. L’ombre de Kuti ne finit pas par écraser Anthony Joseph, à la différence des fistons qui tentent de reprendre le flambeau. Les légendes de la musique africaine illuminent le Spasm Band. Franchement le groove de cet album est irrésistible. A la fin de "Bird head son", la culture noire vient de se découvrir la bande originale idéale.
Notre été aussi !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 05/06/2009