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Lundi 21 Mai 2012Musique

 Bercy, 10 juin 2008

Bercy, 10 juin 2008

. RADIOHEAD

POPB - Paris 9-10 juin 2008

Et ta critique ?




Revenez quand vous voulez... Au palais omnisport de Bercy les 9 et 10 juin, Radiohead a tout donné. Les places avaient été vendues en trois heures. Les 18 000 chanceux présents peuvent encore en sourire…

Un arc en ciel de lumières, un arc en ciel de sons… De notes, de rythmes, de simili plaintes émises par un « vilain petit canard » devenu star. Sur la scène aussi, un arc en ciel. Néons géants, sortes de stalactites aux mille couleurs tombant du lointain plafond de Bercy. Jeux de lumières et de contrastes, feu d’artifice, rayures bleues, vertes ou jaunes dans un noir total… Non seulement Radiohead joue -ou se joue ?- de la musique mais ses musiciens assurent le spectacle, face à un public étonnamment discret. Impressionné ? Il faut dire que malgré l’espace et la présence de 18 000 spectateurs en admiration, le groupe imprègne le lieu, impose et force un respect déjà gagné.

Petit et comme désarticulé, Thom Yorke envoûte par sa voix et son jeu, semblant lui-même s’amuser comme un fou de ce spectacle grandiose. Loin, loin d’un musicien mégalo méprisant le public. Loin, loin d’un musicien qui vingt ans plus tôt, par timidité, jouait obligatoirement en tournant le dos à son public.

Le groupe égraine les morceaux, son dernier opus –In rainbows, justement- tient une large place : All I need, Faust Arp, Reckoner… Un arc en ciel entrecoupé par quelques désormais grands classiques : Lucky, Exit Music ou Paranoïd Androïd en provenance d’OK Computer, My Iron Lung, très bonne surprise issue de leur deuxième album The Bends, ou encore un magistral final avec Idiothèque, splendeur electro rock plus qu’entraînante de Hail To The Thief. Professionnel sans être figé, son limpide (et oui, c’est possible à Bercy), Radiohead ne se prive de rien. Et fait de même pour son public.

Ok Computer, In rainbows, deux albums phares. L’un rebelle, l’autre assagi ? Une chose est sure, à quarante ans, Thom Yorke a atteint sa maturité musicale ; on le voit plus apaisé, plus confiant. Laquelle maturité n’ôte absolument rien à la vivacité de ses prestations scéniques. Sec et nerveux, disparaissant parfois derrière un ampli, il bondit et piétine comme aspiré par sa propre musique. Derrière la scène, cinq écrans diffusent en noir et blanc des gros plans des musiciens. Sauf quand arrive le sensible You and whose army (issu de l'album Amnesiac). Thom Yorke, cette fois assis au piano (après un passage remarqué à la batterie un peu plus tôt), s’amuse avec la camera, offrant aux spectateurs un clip improvisé imprévisible. Son œil droit, celui qu’il peut ouvrir, avance et recule devant l’objectif au rythme de sa voix. Un œil rieur, un œil moqueur. Un vrai clin d’œil. Les prouesses musicales de Radiohead et le talent unique de Thom Yorke sont à des années lumières d’une paupière gauche à demi ouverte.


Anne-Lucie Acar

© Etat-critique.com - 19/06/2008