Film plus profond qu’il n’y paraît, Be Happy ne fera pas qu’offrir un rayon de soleil dans votre morne quotidien. Une tranche de vie réjouissante sur une femme qui a choisi d’être heureuse quoiqu’il en coûte.
Polly n’est pas une trentenaire comme les autres. Certes, elle partage avec ses concitoyennes britanniques un goût très étrange en matière d’accoutrement, de même qu’elle raffole des virées nocturnes avec ses copines (une bonne idée de ce que pourrait donner une reformation des Spice Girls). Malgré tout, difficile de trouver son pareil. D’ailleurs, elle préfère qu’on l’appelle Poppy.
Avec un patronyme véhiculant autant de légèreté, on devine sans peine les contours d’une adulte qui a refusé de grandir. Syndrome de Peter Pan en poche, elle a choisi de faire de sa carrière le reflet de son mode de vie en travaillant dans une maternelle. S’amusant même de sa propre douleur, elle n’éprouve aucune appréhension dans ce qu’elle entreprend.
Même quand elle décide de faire les choses comme les grands et de passer son permis. Mais, bien sûr, rien ne se déroule comme prévu. Il faut dire que son moniteur est à l’opposé de ce qu’elle est : coincé, irascible, reclus. Vu qu’elle ne prend rien au sérieux, les leçons se transforment en schisme aux proportions dantesques, pour notre plus grand plaisir.
C’est connu, les opposés s’attirent. Mais s’il s’agit plus d’un jeu pour Poppy, la séduction est une affaire bien trop sérieuse. Elle préfère partager sa vie avec sa colocataire en s’occupant d’enfants, même si ce ne sont pas les siens. Comme elle le dit, être heureux est simple quand on choisit son bonheur au lieu d’imiter celui des autres.
Dotée d’une joie de vivre à toute épreuve, Poppy a le don de nous renvoyer à notre propre cynisme, alors que nous tentons de chercher ce qui cloche chez cette insouciante en perpétuelle extase naïve et décomplexée. Bordélique et fofolle, il faut dire que le spectateur aura de quoi s’interroger sur l’empathie qu’il finira par éprouver pour elle.
Mike Leigh n’est pas un habitué des comédies enjouées et cela se ressentira à quelques moments. Alors qu’une ombre passe sur le visage de l’héroïne, on est désarçonné par la complexité de ce personnage hors-norme. On s’imagine quelque blessure secrète, mais le réalisateur a toujours la pudeur de ne rien en révéler. On surprendra parfois Poppy à devenir sérieuse, pour bien nous prouver (s’il le fallait) que le bonheur est un choix et non une maladie semblable à l’autisme.
Malgré son universalité, Be Happy reste un film à voir entre copines. Cela vaudra tellement mieux que Sex & the City (sauf pour le côté vestimentaire). Mais que cela n’arrête pas les membres du sexe supposé fort. Grâce à des acteurs excellents, il serait inhumain de déconseiller cette comédie lumineuse. Car, même si les sourires s’effacent, l’important est de savoir les retrouver. Ce que ce film fait à la perfection.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 03/09/2008