Mardi 09 Février 2010Musique

 Bass Culture : Quand le reggae était roi

Bass Culture : Quand le reggae était roi

Lloyd BRADLEY

Trad. Manuel Rabasse (Allia, 2005)

Et ta critique ?




Vous voulez tout savoir sur le reggae ? Vous vous y perdez entre ska, rock steady, roots, dub, dancehall ? Vous êtes prêts à embarquer pour une longue traversée direction Kingston ?
Bass Culture,  pavé de 636 pages, édité dans l’excellente collection musicale d’Allia,  est fait pour vous.

Cette somme impressionnante est  à conseiller tout de même à ceux qui souhaitent visiter le genre en profondeur (les autres, pour une initiation express, pourront se rabattre sur Le Reggae de Bruno Blum chez Librio). En effet, Bradley aborde son sujet patiemment, et prend son temps pour poser tous les tenants et aboutissants de chaque période de l’histoire de ces musiques : contexte socio-économique, organisation de l’industrie du disque en Jamaïque, principaux producteurs, avec parfois peut-être un chouia trop de détails. Mais cette approche a l’immense mérite de nous faire vraiment comprendre de l’intérieur ce que fut l’histoire et le développement du reggae.

D’ailleurs le terme reggae, qu’on utilise de façon générique aujourd’hui, ne fut employé pour la première fois qu’à la fin des années 1960. « Musique jamaicaine » serait peut-être plus approprié, quoique nettement moins vendeur. C’est donc à l’histoire détaillée de toutes ses manifestations que nous invite Bradley : depuis la formation des premiers sound-systems dans les années 1950 jusqu’au dancehall des années 1980-90 (un genre proche du gangsta rap américain que semble-t-il, il aime beaucoup moins), en passant bien sûr par le ska et le rock-steady des années 60, et l’explosion internationale du reggae roots grâce à Jimmy Cliff et Bob Marley, avec de passionnants passages sur le mouvement rasta. Tout ceci est émaillé d’interviews passionnantes et d’anecdotes parfois très drôles.

On y apprend en profondeur le rôle essentiel joué par les producteurs-DJs comme Prince Buster ou Lee Perry dans l’évolution de ces musiques destinées avant tout au public des sound-systems toujours friand de nouveauté et d’innovation, ce qui  fait mentir l’adage ignorant selon lequel « le reggae, c’est toujours pareil ». D’où ces inventions 100 %  made in Jamaica comme le DJing cher au rap et à la techno, ou du remix grâce au dub.

Une dernière suggestion avant de vous ruer (on l’espère) chez votre libraire : ce livre, qui contient d’innombrables références discographiques (mais hélas, pas de sélection de disques en fin d’ouvrage) se marie très bien avec le coffret Tougher Than Tough : the Story Of Jamaican Music (*), bande-son idéale de ce travail encyclopédique sur une des musiques les plus influentes de ces dernières années, pourtant venue d’un minuscule pays « en voie de développement », comme on dit dans les livres d’histoire-géo.


(*) (4 CD, Mango, 1993).
On pourra aussi se procurer la BO du film The Harder they Come (1972, Island).


Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 01/05/2008