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Lundi 21 Mai 2012Art-scène

 Basquiat

Basquiat

Jean-Michel BASQUIAT

du 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011 Musée d'Art Moderne - 75016 Paris TP: 11 €/ TR: 8 € / Gratuit pour les moins de 14 ans

Et ta critique ?




Dépêchez-vous pour réserver vos places (fortement conseillé pour éviter les files d’attente délirantes) !

 


Il ne vous reste peut-être que peu de temps pour admirer l’une des plus belles rétrospectives jamais organisées en France, sur Basquiat. En effet, l’une des toiles phares[1] de l’artiste « Cadillac Moon 1981 »  a été malencontreusement raturée par une main inconnue dans le coin supérieur gauche mettant ainsi en cause les systèmes de sécurité du musée. Quelle ironie quand on sait que l’artiste maitrisait lui-même avec brio l’art du « gribouillage » ! Le propriétaire du dit tableau a d’ailleurs plutôt bien réagit en mentionnant que Basquiat avait toujours été pour la collaboration entre artistes … 

Heureusement tout ceci est une fausse alerte. Finalement c'est une méprise mais ca ne fait pas très sérieux. Pourtant le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris vous accueillera jusqu’au 30 janvier 2011 de 10h à 18h en semaine (sauf le jeudi nocturne jusqu’à 22h) alors ne vous pointez à 17h, vous ne pourrez profiter de l’exposition qu’une demi-heure. Car comme dans tout bon musée parisien qui se respecte, vous aurez la désagréable surprise de devoir achever votre itinéraire artistique au lance pierre puisque votre dernier quart d’heure (oui 18h c’est 17h45 : l’heure c’est l’heure !!) sera parasitée par des « merci de regagner la sortie s’il vous plait, le musée ferme » et si vous essayez de rester tant bien que mal concentré sur les dernières toiles, on viendra vous le souffler au creux de votre oreille.

Ne vous énervez pas, allez expliquer à quelqu’un qui veut rentrer chez lui que vous étiez en pleine communion avec l’artiste... il ne pourra ou ne voudra pas comprendre !! Alors pour éviter cela, prenez vos précautions car le jeu en vaut la chandelle ! Frisson et osmose garantie ! Oui oui !

L’exposition est organisée chronologiquement en douze salles qui retracent huit années de production artistique. Une courte biographie reproduite à l’entrée de l’exposition vous permettra de situer l’artiste, ses origines, ses influences, son environnement.  En revanche, ne vous attendez pas à avoir des explications détaillées sur une sélection d’œuvres phares, il n’y en a malheureusement pas. Seul un mince dépliant est distribué et il est très synthétique[2]. Malgré tout, l’exposition est riche et permettra d’apprécier à sa juste valeur  la singularité de l’œuvre de Basquiat.

Des graffiti poétiques sur les murs de Downtown Manhattan avec SAMO[3] à sa collaboration avec Warhol, le visiteur découvrira peu à peu l’art de cet autodidacte de Brooklyn. Un art qui a la particularité de redonner un second souffle au modernisme par une figuration délibérément libre qui se pose à contre courant de l’art conceptuel et de l’art minimal de l’époque. Basquiat reprend tout ce qui l’entoure ou le définit (culture hip-hop, publicité, mythologie vaudou, dessins anatomiques, bande dessinée etc…) et en a fait le sien. Il célèbre également d’une couronne dorée les grands boxeurs afro-américains et les chanteurs de jazz pour lequel il vouait une grande admiration.

Par son usage des couleurs, des mots et des codes de la société américaine, Basquiat mêle ainsi primitivisme à un expressionisme violent ce qui confère à ses toiles une force explosive sans précédent. « Si vous ''lisez'' à voix haute les toiles... la répétition, le rythme... vous pouvez entendre Jean-Michel penser » déclara à ce titre Fab 5 Freddy, ami graffeur de l’artiste.  Et c’est bien de ça qu’il s’agit : les tableaux de Basquiat sont magiques car ils dialoguent avec vous et c’est hanté par ses questionnements sur l’existence et la mort, que vous sortirez de l’exposition.

Ses dernières toiles empreintes d’un élan moribond, semblent en effet annoncer tel un rêve prémonitoire le destin tragique de l’enfant radieux. Mention spéciale pour « Pegasus », sorte de rébus et d’amoncellement de mots qui s’enchainent, s’excluent et s’effacent, que vous pourrez longuement analyser avant de quitter les lieux. Un grand regret que « Riding with Death », une danse macabre entre l’artiste et la mort hautement symbolique, soit absent de la rétrospective. Vous pourrez malgré tout, voir à quoi ressemble cette toile à la fin de n’importe quel livre d’art portant sur Basquiat ou bien entendu sur Google mais c’est plus noble dans un livre, n’est-ce pas?

Élevé au range d’icône par sa courte et effervescente existence, « Jean-Michel a vécu comme une flamme. Il a brûlé de manière très vive. Puis le feu s'est éteint. Mais les braises sont encore rouges » comme l’a si bien dit Fab 5 Freddy à sa mort. On ne peut s’empêcher de croire qu’il est parti trop tôt,  à un moment clé où son art et sa créativité commençaient enfin à se préciser et à s’affirmer…

http://mam.paris.fr/



[1]C’est sur cette toile que Basquiat raye le pseudonyme « SAMO »  pour affirmer de sa signature « Jean Michel Basquiat » son identité de peintre.

[2]Vous avez également la possibilité d’acheter aux caisses un guide de l’expo pour 4 euros

[3] « Same Old Shit »

 

 


Pauline Weber

© Etat-critique.com - 23/11/2010