La huitième édition du Festival Human Rights Nights, qui a lieu à la Cinémathèque de Bologne du 12 au 20 avril, nous a reproposé cette co-production franco-malienne de 2006. Bamako est sans doute un film capital qui présente la question des droits de l’homme à travers un point de vue original et riche.
Dans la capitale du Mali, à l’intérieur d’une petite cour d’une maison, a lieu un procès bouleversant: la société civile africaine s’oppose à la Banque Mondiale et au FMI et cela se passe, étonnamment, au milieu des habitants de cette cour, qui vont et viennent. Le spectateur découvre notamment un homme malade, au lit, et le ménage d’un jeune couple en crise : Mélé, une chanteuse, et son mari Chaka qui, au chômage, s’occupe de leur petite fille.
Abderrahmane Sissako crée ainsi un " docu-fiction " raffiné et intelligent dans lequel de vrais avocats (dont, par exemple, William Bourdon et Roland Rappaport) défendent ou accusent les mécanismes économiques de la mondialisation et de ses conséquences en Afrique.
Cette structure narrative mixte permet d’avoir un tableau à la fois théorique et concret de la perception africaine de la mondialisation. L’alternance des dialogues entre les acteurs et des plaidoiries des avocats permet d’approfondir la question de façon dynamique et agréable, sans qu’une thèse unique s’impose au spectateur. Pour le public, la dénonciation de la libéralisation sauvage imposée aux pays africains, idée qui soutient tout le film, se dévoile presque d’elle-même, à travers les différents témoignages et arguments présentés. Mais à cela se rajoutent les attitudes, les gestes, les dialogues fugaces mais essentiels des gens qui participent ou assistent au procès.
Un film politiquement précieux, une proposition narrative riche et perspicace qui donne au spectateur la liberté de développer son propre point de vue, grâce à un équilibre savant entre émotion et réflexion.
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 01/05/2008