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Lundi 21 Mai 2012Musique

 Badmotorfinger

Badmotorfinger

. SOUNDGARDEN

(A&M - 1991)

Et ta critique ?




Deux semaines après "Nevermind", Seattle tremble de nouveau sous les décharges électriques de Soundgarden qui livre un disque psychédélique et hurlant.


Au mois d’août de l’année 1991, Pearl Jam faisait hurler son rock torturé. En septembre, Nirvana fait sa rentrée avec l’expéditif Nevermind. En octobre, les feuilles de la pluvieuse Seattle se mettent à tomber à l’écoute de l’impressionnant Badmotorfinger de Soundgarden.

Chris Cornell n’est pas encore un crooner du rock. Il a les cheveux longs bouclés. Il a des airs de Jésus Christ (dans l’album se trouve le titre Jesus Christ Pose). Comme ses potes, il est débraillé dans une chemise à carreau et un look résolument sale. Avant de devenir la machine à tubes, Soundgarden défiait l’ordre et les habitudes.

Avec deux albums au compteur, Soundgarden est déjà bien établi à Seattle. Chris Cornell, Matt Cameron et Kim Thayil ont un souci de bassiste et Ben Sheperd déboule avec un talent énorme et un sens du rythme qui va très bien au projet de Soundgarden.

Le groupe recycle alors le heavy metal. Dans le disque, il y a une batterie acrobatique, une basse d’une lourdeur fascinante et des solos de guitare tricotés avec une dextérité impressionnante. Mais le groupe ne fait pas vraiment les choses comme les autres.



En 1991, les Guns font du rock blues et Metallica assomme le metal avec son black album, consensuel mais puissant. Soundgarden utilise tous les artifices du genre mais les modélise différemment. Les tempos varient plus souvent. Ils évitent toute démonstration (ce qui sera moins évident avec les albums suivants). Ils combinent dans les mêmes chansons des effets inhabituels.

C’est un disque qui refuse d’être mainstream. Il y a bien des guitares qui couinent et une voix hurlante. Les batteries transpirent pour suivre une basse à la souplesse d’éléphant. Dans le style heavy, Badmotorfinger en impose.

Pourtant il y a bel et bien quelque chose d’étrange, d’élégiaque et très rock dans ce troisième opus. C’est une sorte de maison hantée, où chaque porte réserve bien des surprises. On croit être habitué et tout savoir ;  chaque morceau révèle une complexité troublante, qui ne va jamais perdre de son charme, même vingt ans plus tard.

Au contraire, Le disque devient spectaculaire tellement les bizarreries sont nombreuses et de plus en plus majestueuses. On dirait un disque de Led Zep sous acide, un cours de psychédélisme pour énervés ! Un pied de nez monumental à nos habitudes !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 01/01/2012