Sous nos yeux amusés, un gros bouquin paranoïaque devient un tout petit film d’action. C’est aussi ça, la magie de cinéma !
Vin Diesel n’a pas beaucoup de chance. Depuis quelques temps, il empile les navetons et glisse doucement la catégorie redoutable des gros bras du cinéma d’action devenu has been. C’est bien dommage : l’acteur est au dessus de la moyenne mais visiblement il est mal employé par Hollywood.
Il a dû être rassuré en rencontrant Mathieu Kassovitz, cinéaste avec une vraie personnalité. Il a dû espérer beaucoup de l’adaptation du roman névrosé de Maurice G.Dantec, Babylon AD. Si les deux hommes sont discrets sur la promotion en ce moment, cela souligne de degré élevé de déception.
Car Babylon AD est un film qui a clairement subi de multiples remontages et victime d'un scénario d’une fadeur effarante à force de réécriture. Le bouquin était un épais livre aliéné. Le film est réduit à un ersatz d’un chef d’œuvre réçent.
Le film rappelle Les fils de l’homme de Alfonso Cuaron. On retrouve les mêmes figures, les mêmes thèmes, les mêmes situations mais pas vraiment la même réussite.
Complètement étouffant, le film de Cuaron laissait le spectateur épuisé et obsédé. Le film de Kassovitz lui reste en surface et surtout fait du Besson en version anglaise.
Pendant qu’il raconte l’histoire d’un mercenaire qui escorte une belle plante qui pourrait redonner l’espoir au Monde, Kassovitz invite les Yamakasi, des gros russes à gros nez (Depardieu ridicule), un soupçon de bédé années 80 (Lambert Wilson ressemble à un personnage de Enki Bilal) et une grosse touche de dialogues incohérents et d’esthétisme assez kitsch !
Jamais le film développe ses personnages. Vin Diesel a certes une grosse voix imposante mais ca ne suffit pas pour donner du corps à son personnage. Melanie Thierry fait des gros yeux tout ronds pour faire la sainte mais elle est gênée par sa permanente qui change à chaque plan.
Bref, les erreurs, les incohérences et les maladresses se bousculent. L’œuvre aurait dû être un blockbuster saignant et inquiet. C’est juste une petite série B assez risible, qui va couler un peu plus la carrière de Vin Diesel et faire de Kassovitz, non plus l'auteur de La haine mais le réalisateur de Gothika ou Les rivières pourpres.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 25/08/2008