Micro-rétrospective pour le maître de la ligne géométrique, de sa répétition et de ses combinaisons. "Quand j'étais petit je ne faisais pas grand" ou comment, 55 ans après, Morellet revisite la contrainte.
Avant de commencer l'exploration de
cette exposition particulière, citons Jean-Baptiste Botul, philosophe mythique
: "Les commencements sont, en général, petits. Dans la nature, du moins :
la technique dément volontiers cette évolution, du moins si nous considérons
l'âge classique. Pendant des siècles, la puissance s'affirma par la grandeur
des réalisations (sous une pyramide de trois mètres cinquante seulement, le
plus grand pharaon aura bien de la peine à s'immortaliser). Concept pour
concept, "la-même-chose-en-plus-grand" se pense plus aisément que
"la-même-chose-en-plus-petit". Le nain dérange, tandis que le géant
fascine."
Après avoir pensé
"en-plus-petit", et avoir ainsi posé les bases de son art, Morellet,
à la manière d'un nouveau jeu, propose comme règle de réunir onze de ses
peintures abstraites de petit format réalisées en 1952 et de les présenter avec
leur réplique agrandie.
Le nain est devenu géant; après
avoir dérangé la peinture, l'artiste fascine.
De la peinture minimaliste qui
trouvait ses sources dans l'abstraction géométrique de Mondrian jusqu'aux tapa
océaniens, l'art de Morellet ne cesse de flirter avec la contrainte.
Mathématicien autant qu'artiste, créateur jouant sans cesse avec la perception
rétinienne, fondateur du GRAV, explorateur du cinétisme, c'est avec passion que
le public traque, depuis un demi siècle, les combinaisons, raisons et déraisons
de l'artiste oulipien.
Véritable laboratoire de
potentialité de la ligne géométrique, son oeuvre n'a cessé, avec un humour
ébouriffant, d'explorer les limites et les développements d'un système
linéaire.
Autant dire que l'exposition du
Musée d'Art moderne est une nouvelle révélation. Agrandies, les œuvres de
Morellet mettent en évidence la maîtrise originelle de son vocabulaire.
Nous succombons sous la force des
lignes, des trames, du systématisme, des couleurs utilisées comme élément
structurant.
D'une étonnante vigueur, les grands
formats semblent avoir toujours existé. Ils véhiculent l'énorme fou rire de
celui qui jamais n'achèvera de construire son œuvre de géant.
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 03/09/2007