Et ça se termine sur ces ultimes paroles beatlesiennes, qui résument si bien la générosité du bonhomme :
"And in the end...the love you take, is equal to the love, you make"
Et ta critique ?
Mercredi 30 novembre, choc surréaliste. Un ex-Beatles chante devant moi…
Roland Caduf m’avait prévenu. Paul est un grand. Rien à voir avec le reste des stars. Mais en bon critique désappointé par un contexte économique de poker menteur, je me disais, cours toujours mon Roland, ne réserve pas de place pour moi, je ne viendrai pas. Puis une semaine avant, Roland envoie un courriel à la rédaction : deux places pour la fosse sont libres, qui en veut ?
Prenant cet ultime appel comme un signe du destin, je réponds à l’avance. Si Polo n’est pas à la hauteur, je le décape comme un mauvais critique je-t-aime-moi-non-plus. Arrivé à 15h pour faire la queue devant le Palais Omnisport de Paris Bercy. Le seul palais de Paris à se faire tondre les murs. Déjà du monde... Certains ont couché là... Quatre heures à attendre dans une file indienne et un Palais de verdure, à regarder les Rollers-men faire des sauts de gazelles devant leur amoureuse médusée jusqu’à la chute navrante du héros à roulettes. Quatre heures à regarder la queue s’allonger dans les jardins voisins. « Mesdames et messieurs, ils ont pris un peu de retard, alors vous entrerez avec une demi-heure de retard… ». Il ne pleut pas. Mais t’as intérêt à être bon Polo. « Vous êtes bien dans la queue pour la fosse ? »… « -Non non, on fait exprès de faire la queue ailleurs depuis 15h… ». Je suis arrivé, il faisait jour. Il y avait du soleil. Il fait nuit et j’ai froid. Mes pieds… Quels pieds ? Même quand je saute sur place, je ne les sens plus.
Entrée dans le Palais gazonneux. Je longe le bout de la queue qui n'est pas prêt de rentrer ! Ricanement intérieur...Et ironie devant les tricheurs qui font semblant d'attendre quelqu'un, mobile à la main, et pénétrent dans la file... Prenons de la hauteur... . Les gens courent pour s’approcher au plus vite du bord de la scène. Moi je ne peux pas, j’ai peur de perdre un orteil gelé. En marchant, j’arrive à me placer à 20 mètres au centre. Dans la fosse. Puis de nouveau l’attente. Les sièges rouges en plastoc doivent accueillir les postérieurs les plus variés. Du plus haut perché au plus bas. Le paradis est en haut mais le spectacle est en bas. Tout le Palais attend l’arrivée des VIP sur la droite. Je salue Caduf et son fils à casquette perché sur ma gauche. Devant, Thibault Dablemont saute déjà. Il adore la danse contemporaine... Monsieur le chanteur M arrive en avant dernier paré de sa fourrure noire. Un autre artiste lui vole la vedette un peu plus loin : Lenny Kravitz. Tiens, si M et Lenny se déplacent, peut-être est-ce un signe d’admiration devant un maître incontesté. Restons petits les gars.
Le noir se fait. Paul McCartney, veste bleue, chaussures de velours noir, pantalon droit avec fil bleu sur le côté apparaît devant moi. Je me frotte les yeux. Une fois, deux fois. Les chansons écoutées des centaines de fois dans ma piaule d’ado, chantées à la guitare, se heurtent au réel. Un coup de vieux mélangé au coup de jeune. Un curieux sentiment de mélange de temps. Une histoire à deux vitesses. Le vieux son s’efface devant un son vivant. Paul a la même bobine chevelue à peu de chose près. A 20 mètres l’illusion est troublante. En qualité HD numérique projetée sur les grands écrans côté scène, on devine le rafistolage esthétique, mais rien de bien méchant. Le regard est là, la démarche est là, la voix tient largement la route.
Le concert commence avec « Hello Goodbye ». Puis s’enchaînent trois heures de concert ! « Eleanor Rigby », « Hey Jude », « Let it be »… Je n’en crois pas mes oreilles. Comment parvient-il à tenir la scène autant de temps ? Une générosité incroyable avec une simplicité déconcertante. Paul Mc McCartney n’arrête pas une minute passant en revue les plus grandes chansons des Beatles et s’amusant sur un blues San Fransisco Bay. En fond de scène, des projections d’images en noir et blanc donnent une dimension étonnante à l’ensemble. Pas de nostalgie ou de mélancolie. Un Beatles est là avec une sincérité et une honnêteté déconcertantes dont feraient bien de s’inspirer les artistes actuels. La classe. Pas besoin de costard m’as-tu-vu, de danseuse-à-cul-dansant-décolleté-pigeonnant ou de folie déjantée. A cinq, un batteur, un clavier, deux guitares, et un gaucher bassiste, le groupe tient le public de Bercy en haleine. On suit, on rêve. Extraordinaire. Une cure de jouvence qui montre combien on a perdu en simplicité et en joie.
Le batteur, Abe Laboriel jr, est à l’image de la légèreté professionnelle du groupe. Une énergie prodigieuse déployée pour un positivisme musical exemplaire. Bryan Ray assure les solos et apporte sa gaieté de vieux beau à faire pleurer les filles. Tandis que Rusty Anderson soutient Paul au chant et à la guitare. Le groupe s’en donne à cœur joie.
A 69 ans, Paul McCartney donne une leçon de vie et de musique. Après deux rappels on sort de là transformés par la rencontre avec une partie de l’histoire de la musique et la rencontre avec un homme qui semble toujours à la portée de chacun. On se souviendra longtemps de ce concert mené avec une main de maître. Un grand show. Merci Paul et merci Caduf !
Set-list :
Hello Goodbye
Junior’s Farm
All My Loving
Jet
Drive My Car
Sing the Changes
The Night before
Let Me Roll It
Paperback Writer
The Long and Winding Road
Come and Get It
1985
Maybe I’m Amazed
San Francisco Bay Blues
I’ve Just Seen a Face
I Will
Blackbird
Here Today
Dance Tonight
Michelle
Mrs Vanderbilt
Eleanor Rigby
Something
Band on the Run
Obladi Oblada
Back in the USSR
I’ve Got a Feeling
A Day in the Life / Give Peace a Chance
Let It Be
Live and Let Die
Hey Jude
The Word / All You Need is Love
Day Tripper
Get Back
Yesterday
Helter Skelter
Golden Slumbers / Carry That Weight / The End