Les réalisateurs ibériques sont devenus de vrais spécialistes du mélodrame extravagant. Face à l’inévitable comparaison avec Almodovar, Azul est un peu terne, cependant il s’agit d’une œuvre prometteuse.
En Espagne, tout est compliqué. Un drame au cinéma, est inévitablement protéiforme et volontairement outrancier. Les fictions sont toujours marquées par la movida : l’exubérance est au cœur des drames. Bien entendu il y a Pedro Almodovar mais on a constaté la même chose chez des « jeunes » comme Julio Medem (il faut voir L’écureuil rouge) ou Alejandro Amenabar (Mar adentro). Il ne faut pas s’étonner que le film de genre connaisse un regain de forme dans ce pays. Les auteurs apprécient l’emphase et la démesure.
Azul est une chronique sociale. Ce ne sont pas les austères frères Dardenne aux commandes. Comme Almodovar, le débutant Daniel Sanchez Arevalo ne fait pas dans le réalisme forcené. Son film se nourrit d’une improbable situation tragi-comique.
Jorge a hérité du métier de son père, gardien d’immeuble. Il a un master en gestion et commerce mais depuis que son père est handicapé gravement, il doit gagner sa croûte. Il rêve donc d’un meilleur job mais ses recherches sont limitées par ses contraintes familiales. Pour compliquer la situation, Jorge a un frère en prison, Antonio. Ce dernier s’est trouvé une petite amie, Paula, derrière les barreaux. Antonio ne peut pas avoir d’enfant : il demande à son petit frère de mettre enceinte Paula.
Comme c’est encore trop simple, la petite amie de Jorge revient après un périple en Allemagne et le meilleur ami de Jorge découvre que son père se fait masturber par le masseur voisin. Là, vous comprendrez que le film ne manque pas de saveur et de passages assez truculents.
Pourtant, l’ombre du grand Almodovar plane et la comparaison n’est pas très bonne pour le premier essai du jeune cinéaste. Le réalisateur aurait gagné à s’éloigner de la fantaisie, typique chez l’auteur de Volver. D’ailleurs Daniel Sanchez Arevalo fait preuve d’un vrai talent pour dresser le portrait de la société hispanique.
L’aspect le plus percutant du film reste le coté «lutte des classes» d’Azul. Sans avoir l’air d’y toucher, le réalisateur dresse un constat assez glacial de la société, où chacun reste à sa place. Le fameux ascenseur social ne peut même pas transporter le courageux concierge. Il y a une désespérance qui transperce à travers l’histoire cocasse.
Ce sont justement les bizarreries de l’intrigue qui posent problème. Elles paraissent artificielles. Les interrogations sexuelles du meilleur ami de Jorge sont drôles mais n’existent que pour contre balancer avec le reste, plus cruel. Le film ressemble alors un exercice forcé. Heureusement la couleur sombre de l’ensemble obtient toute l’adhésion et laisse imaginer de moments plus lumineux pour cet engageant cinéaste.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 12/03/2007