Les deux nouveaux auteurs de Spirou n’avaient pas encore convaincu. Pour le cinquantième numéro, ils y parviennent. Enfin presque !
Difficile de succéder aux géniaux Tome et Janry. Ces deux là avaient apporté au légendaire groom journaliste une maturité étonnante. Cela a permis de renouveler des histoires un peu fadasses et amené un humour corrosif et adulte.
Fantasio fantasmait. Spirou n’était plus un petit cousin asexué de Tintin. Spip imitait parfaitement la coccinelle de Gotlib...
Les dix années de Tome et Janry furent vraiment réjouissantes. Un tranquille ravalement de façade. Qui, hélas, a mal fini avec La machine à rêver, révolution trop difficile à accepter pour les amateurs.
Puis Morvan et Munuera sont arrivés. Ils ont joué la carte de la sophistication et pourtant Spirou et ses amis ont régressé. Les histoires sont devenues un peu trop surréalistes. La mythologie du groom sert moyennement des aventures un peu molles et inutilement complexes.
A l’exception de Spirou à Tokyo, le charme semblait rompu. Les auteurs devaient toucher un public plus large mais ce fut au détriment d’un épanouissement moderne du personnage central. Spirou et Fantasio, malgré un dessin vif et coloré, redevenaient de simples aventuriers purs et résolument positifs.
La cinquantième aventure de Spirou va donc fêter ce numéro toujours symbolique. Pour cela, le scénariste Yann intervient pour soutenir le duo qui, de toute manière, signe ici son dernier ouvrage. La pression aura eu raison d’eux. D’autant que la collection parallèle, Un auteur, une histoire, cartonne en librairie.
Donc Spirou va voyager dans de vieilles aventures de Spirou pour aider Zorglub à sauver la femme qui l’aime. On s’amuse beaucoup à voir Spirou se promener dans de vieilles pages de la longue saga et le dessinateur parvient à jouer soigneusement avec les styles différents de dessins. L’histoire n’est qu’une excuse pour rendre hommage à la richesse de la série.
On pensait que l’on s’amuserait jusqu’au bout mais, hélas, comme toujours chez Morvan et Munuera, la fin gâche toute la lecture. On ne vous en dira pas plus, mais c’est une vraie catastrophe. En tout cas, chez Dupuis, il est temps de remettre les choses à plat pour exploiter au mieux le filon. Le rouge, couleur fétiche de Spirou, si excitant d’habitude, se délave très sérieusement.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 29/11/2008