Au pays des ombres obtient le Prix du Quai des Orfèvres 2010. Un bon polar où les amitiés et le passé percutent la vie d’un flic.
Vincent Brémond, flic à Paris, vit seul avec sa fille depuis le suicide présumé de sa femme un an auparavant. Un suicide inexpliqué dans lequel Brémond est empêtré psychologiquement. Réfugié dans les limbes de l’alcool, il préfère se faire aider par Michel, un ami de longue date, ainsi que de Johnny Walker, plutôt que de se faire épauler par un psy.
En vacances à Cabourg, il est témoin d’un meurtre dans lequel il se retrouve malgré lui impliqué. La victime a dans sa poche son adresse personelle. Présumé innocent mais au milieu d’un faisceau d’indices qui l’accablent, Vincent devra jouer contre la montre de sa future mise en examen pour démontrer qu’il n’était que témoin. C’est sans compter sur le mystérieux assassin qui sèmera d’embûches le parcours du flic.
Avec 392 pages et un style assez romanesque, Gilbert Gallerne écrit un bon polar qui pourrait probablement se passer de 50 pages. Si la relation père/ fille est particulièrement bien écrite et touchante, l’enquête piétine en même temps que le lecteur quand le héros se débat avec l’intrigue. Cela dérange d’autant plus qu’un bon lecteur trouvera très vite le nom de l’assassin qui se suggère autour de points de suspension et de phrases trop allusives ou insistantes. On en vient à attendre la révélation du narrateur, ce qui est toujours un peu gênant pour un polar.
Malgré cela, sans complaisance aucune, l’attente voulue ou non de cette révélation donnera beaucoup de piquant au dénouement. Si l’intrigue bien ficelée a du mal à trouver son envol à cause du retard de la révélation, la thématique choisie pour définir le profil de l’assassin fait des 150 dernières pages un joli moment d’écriture. Les rebondissements et les revirements de situations psychologiques tiennent le lecteur en haleine. On regrette juste que l’auteur ne se soit pas amusé un peu plutôt avec nous.
Ce polar est à lire pour l’humanisme qui se dégage du flic sur lequel on s’apitoie et pour la thématique du profil de l’assassin rarement traitée dans les polars. Même si l’assassin se dévoile un peu vite, on prend du plaisir à savoir comment il va s’en sortir. Une technique pas clairement assumée mais qui a déjà fait miracle, la série populaire Colombo en a fait son sacerdoce…
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 31/10/2010