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Vendredi 18 Mai 2012Art-scène

 Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

Vincent MACAIGNE

Jusqu'au 11 novembre 2011 Théâtre de Chaillot, Paris TP:32€ / TR 24€

Les commentaires

léonie

Le 19/01/2012

C'est tellement violent! On ne sait pas comment réagir face à ça! On est choqué, on est curieux mais on est surtout ébahie devant cette force! Les spectateurs font partis du spectacle. On ne s'ennuie pas une seule seconde malgré quelque passage long. Un Hamlet du XXIème siècle, un Hamlet contemporain, un Hamlet d'aujourd'hui!

Et ta critique ?




N’ayons peur de rien, repoussons les limites », telle fut-elle la réflexion inconsciente de Vincent Macaigne au moment  d’aborder sa mise en scène ?


Le résultat est là, le pari initial remporté, le spectateur gentiment déstabilisé dès qu’il rentrera dans la salle, alors invité, pour la plus grande joie des plus jeunes, à venir sur le plateau. Oui, il y a quelque chose d’un pari dans ce Hamlet là : comment aller encore au-delà de l’idée de mise en scène chez Shakespeare.

 

Régressive, trash, violente, charnelle, érotique, folle, obsessionnelle, dérangeante sera l’adaptation de Shakespeare proposé par Vincent Macaigne, autant de qualificatifs qui donneront plutôt envie d’aller voir, histoire de trancher tout net, suite aux avis polémiques déclenchés par la pièce lors du festival d’Avignon.

 

Aimer ou ne pas aimer ce Hamlet, tel sera la question.

 

Choqué ou enthousiasmé, agacé ou bien excité par toute cette violence si bien assumée, juste amusé par les folles idées de mise en scène ou bien ennuyé par trop de facilité, il sera difficile de rester entre les deux, et avant tout impossible d’être indifférent.

 

Ce metteur en scène, qui n’a pas 35 ans, nous propose donc la vision que lui inspire aujourd’hui les tourments du prince du Danemark, une vision contextualisée dans notre époque de crise, voire notre époque critique, une vision même post-modernisée, avec la formidable conscience de tout ce que l’on a crée depuis 20 ans, nous proposant un Hamlet au bord de la crise de nerf, déchaîné, frôlant l’hystérie collective, baigné d’un sang décomplexé, tantôt grand-guignolesque, tantôt à la Jan Fabre, une belle troupe d’acteurs qui dépotent, et un maximum de dégénérescence.Il y a quelque chose de jouissif dans ce royaume du Danemark, à l’observer se décomposer à ce point, autant que le corps du père croupissant dans son eau, à voir les personnages se plonger sans retenue dans ce bassin supposé putride, cette tombe où le personnage Hamlet, de façon complètement régressive, s’immergera et se souillera toutes les 5 minutes, s’émerveillant d’éclabousser comme un gamin les premiers rangs de la salle, cette sépulture sur laquelle Claudius, exceptionnel acteur, se permettra outrageusement et sans la moindre pudeur, de faire l’amour à Gertrude.

 

Au moins, Vincent Macaigne n’aura pas loupé l’esthétique espérée, d’un point de vue audiovisuel, le spectateur s’en prendra plein  les yeux et les oreilles de cette adaptation violente de Shakespeare, et pour autant soignée, avec pour l’émotion quelques trêves musicales à décibels décuplés et en image, des fumigènes et des projections sanglantes.Trash, oui, mais baroque, finalement esthétique bien plus que psychologique, malgré quelques temps forts, le monologue d’Hamlet hurlé comme tout le reste du propos, dans ce moment de folie poignante, pourrait bien aller jusqu’à  ressusciter son auteur, quelques parenthèses incongrues aussi, strip-teases inclus, et ruptures inattendues qui rythmeront intelligemment le spectacle, mais il y a malheureusement quelque chose d’artificiel dans ce royaume du Danemark, quelque chose qui frôle l’exercice de style, qui pourrait chercher un peu trop à plaire à notre époque, à force de vouloir aussi consciemment déranger son public, et à force de vouloir illustrer la colère de façon aussi explicite.

 

Le sous-texte disparait un peu derrière les hurlements, l’émotion même se fait rare, là où prime l’étonnement. Dommage, ça aurait pu être exceptionnel.Mais au moins, j’aurais vu un beau spectacle.

 

http://theatre-chaillot.fr/


Florent LHUILLIER

© Etat-critique.com - 09/11/2011