Dans la France des années 75, Jacques Rainier est un héros : ancien résistant à l’approche de la soixantaine, il est alerte, doué pour les affaires, et revigoré par sa jeune maîtresse brésilienne de 30 ans sa cadette.
Fort de ses atouts, il promène un regard orgueilleux sur le monde, il observe les choses avec une fierté mâtinée d’un cynisme et d’une autodérision marqués.
Il contemple les agissements de ses congénères avec une certaine condescendance, surtout ceux de son âge qui luttent pour rester dans le coup (ces hommes mûrs qui s’acharnent à faire encore du ski nautique ou à faire fortune) jusqu’à ce qu’il comprenne l’évidence : tous ces efforts sont déployés pour faire oublier qu’ils ne bandent plus !
Bien que l’auteur et son personnage puissent parfois paraître suffisants, cette suffisance est toujours atténuée par une objectivité féroce.
Car Jacques Rainier sera bientôt gagné à son tour par l’angoisse de ne plus pouvoir satisfaire la femme qu’il aime…et ne cessera alors de chercher des béquilles (pilules, positions adéquates, recours à des fantasmes…).
Et l’homme pressé se transformera progressivement en homme blessé.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 31/08/2011