Octave Parango II, le retour ! L’été est la saison des sequels, comme aurait pu l’écrire le publicitaire de 99 Francs…
Depuis ses Mémoires d’un jeune homme dérangé, paru en 1990 (déjà !) Frédéric Beigbeder écrit régulièrement des romans nonchalants et souvent largement autobiographiques. Parfois cette nonchalance dans ses romans passe bien, parfois moins. Et là, autant le dire tout de suite, on est malheureusement dans le franchement moins.
Le dernier roman de Frédéric Beigbeder pèche en effet principalement par une double paresse, du scénario et du style.
Son héros, le récent quadragénaire Octave Parango, travaille maintenant à Moscou, il est devenu talent scout. Il se confie à un prêtre orthodoxe entre deux rails de cocaïne et trois soirées sponsorisées par une grande marque de cosmétique mondiale ou une célèbre agence de mannequins. Il couche avec des adolescentes, sort avec des milliardaires russes, finit par tomber amoureux. La routine.
Et de fait on s’ennuie très vite : il ne se passe pas grand chose, et même les bons sentiments font peine à croire, qui tombent comme un cheveu dans le caviar. Le coup de théâtre final est poussif, l’auteur a dû se croire pourtant sauvé avec cette pirouette, mais on le voit venir du bout de la patinoire avec son triple axel, et la réception est manquée.
Quant au style d’Au Secours, eh bien… Au secours ! précisément. On a beau être habitué au goût très excusable de Frédéric Beigbeder pour le jeu de mots facile, on souffre : "Il a plu et elle m’a plu" (page 207), "Je détruisais ces mijaurées parce que j’allais mal, et j’allais mal parce que j’étais mâle" (page 214), "J’aimais voir les putes à frange se rouler dans la fange" (page 216), etc.
Les salves d’aphorismes, autre figure du style de l’auteur, tournent à l’enfilage de mauvaises perles, on sent que le motif est creux : "J’habite Moscou depuis un an : la Ville des Espoirs Déçus. Ici, la beauté est un sport national. La Russie est grande et ses habitants sont pauvres" etc. Toute la page 57 est du même bouleau, une seule formule heureuse se détache : "Ce sont de grands pauvres comme il y a de grands bourgeois."
Et toujours, bien sûr, les noms de marques de luxe… On sent que Frédéric Beigbeder aimerait bien écrire comme Brett Easton Ellis… Encore un effort, Beig’ !
Ce qui est plus nouveau, c’est que l’auteur cède à des facilités argotiques inhabituelles chez lui, qui sonnent aussi faux que l’argot du milieu sous la plume d’un mauvais auteur de roman noir : "[Jésus] ne se la pète pas, pour un fils de Dieu. J’ai connu des "fils de" qui se la racontaient vachement plus que lui." (page 132). C’est du chiqué, aurait-on écrit il y a cinquante ans, avec autant de chances d’être démodé au point d’en devenir incompréhensible dès la première relecture.
Quoi d’autre ? Pêle-mêle, des mots en lettres CAPITALES, un peu de jargon, des barbarismes, il est question de "la conformité au moule sociétal" (page 49), attention sociologue patenté ! Au passage, Frédéric Beigbeder ferait bien de reconsidérer l’étymologie et la définition du mot "callipyge", ça lui éviterait de l’employer de travers (page 23).
Sur le fond, cynique en révolte contre le cynisme, le personnage d’Octave nous ressert les sentences réchauffées de 99 Francs : la communication des entreprises est fasciste, etc. Rien de nouveau, juste un peu moins d’insistance ; le héros est fatigué, nous aussi.
Bref, ceux qui ont aimé 99 Francs, j’en fait partie, ne seront pas dépaysés à la lecture d’Au Secours pardon, mais ils trouveront probablement que le paysage s’est beaucoup appauvri depuis l’an 2000, année du succès fracassant et mérité du premier volet des aventures d’Octave Parango. On a beau aimer la playlist d’Octave (page 295), on ne peut tout de même pas se contenter de ça… Alors, Beig’, un effort : AU TRAVAIL !
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 23/07/2007