Jusqu'au 1 juin, le "plus célèbre photographe américain de Paris" s'expose à la Pinacothèque. L'occasion de découvrir Man Ray au travers de ses œuvres… et à l'œuvre dans son atelier.
La Pinacothèque de Paris propose jusqu'au 1er juin une exposition qui se veut ambitieuse : une rétrospective des œuvres de Man Ray sous toutes leurs formes. Plus de 200 dessins, photographies, peintures, sculptures, objets et images personnelles provenant du Man Ray Trust basé à New York sont rassemblés et présentés pour la première fois au grand public en dehors des Etats-Unis.
En distinguant quatre périodes phares de la carrière du touche-à-tout de génie, Noriko Fuku et John P. Jacob, commissaires de l'exposition, restituent sous forme chronologie une œuvre dont la cohérence n'est pas, au premier abord, la qualité première.
Car si c'est le Man Ray photographe que la postérité à retenu, c'est un Emmanuel Radnitzky peintre qui, au début du XXe siècle, fera ses armes à New York. La photographie ne sera d'abord pour lui qu'une façon pratique d'immortaliser ses peintures.
Il faudra attendre son arrivée à Paris, en 1921, dans le sillage de Marcel Duchamp et des dadaïstes, et l'ouverture de son studio de photographe professionnel pour que son talent se révèle et que ses collaborations aux magazines Harper's Bazaar, Vogue, Vu ou Vanity Fair lui apportent la notoriété.
Las, la guerre s'étant abattue sur la vieille Europe, Man Ray s'exile à Los Angeles en 1940 où, parfait inconnu, il s'installe comme photographe, mais tente surtout (et en vain) de faire reconnaître son talent de peintre.
Enfin, de 1951 à sa mort en 1976, c'est à Paris qu'il retrouvera le bonheur de créer et atteindra enfin à la renommée internationale.
Outre la présentation des œuvres emblématiques de Man Ray, l'exposition de la Pinacothèque a le mérite de donner accès à "l'arrière boutique" de sa création. Ainsi de nombreux objets étranges utilisés pour produire les effets visuels qui les ont rendus célèbres sont présentés à côté des photos qui en sont le résultat.
Ce souci "pédagogique" donne à l'exposition un intérêt que les seules œuvres n'auraient sans doute pas tant les trésors d'inventivité à leur origine se trouvent aujourd'hui banalisées par les performances des appareils photo modernes et les possibilités infinies offertes par les logiciels de traitement de l'image.
Au point que le visiteur reste sur sa faim et quitte les lieux sans être totalement convaincu par une exposition qui semble n'avoir pas su choisir entre l'art et son histoire, entre la scène et les coulisses, entre le chef d'œuvre et les tâtonnements…
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 10/05/2008