Le dessin est simple (en apparence) mais le sujet est grave. Une magnifique leçon d'histoire.
Inspiré d'un roman d'Eugène Sue, cette bande dessinée cache une radicalité à l'image de son héros, un esclave faussement tranquille et vrai révolté. Fils du roi des petits Namaquas, Atar Gull doit d'abord supporter un voyage dangereux qui l'emmène en Jamaïque.
Là bas il découvre la vie d'esclave. Acheté par Monsieur Will, il est un servant exemplaire. Pourtant, il est capable du pire. Il le réalisera pour venger son triste destin et celui de sa tribu! Imposant et rassurant, l'esclave est en réalité machiavélique!
Géniale idée que de faire d'un héros pathétique, pour lequel on a une pleine compassion, un meurtrier sans pitié et effrayant. On pense à une version noire du Comte de Monte Cristo. Stylisé par le dessin de Bruno!
Très amusant le décalage entre le dessin très abordable et le scénario de plus en plus sombre et ambigu. Doucement on glisse de l'aventure vers le drame. La piqure de rappel sur la traite des noirs est bénéfique mais les auteurs prennent aux pièges le lecteur, de plus en plus inquiet par le sort de Atar Gull et surtout les propriétaires de ces derniers.
Ils ont aussi l'habile qualité de développer un ennemi charismatique, Brulard, pirate amateur d'opium et affreux méchant comme rarement on a en vu sur des planches. Il pimente un peu plus l'histoire déjà bien dramatique d'Atar Gull.
Heureusement que le dessin est original. Cela rend abordable ce drame historique, sublime et triste. C'est un vrai régal. L'atmosphère est assez unique et on n'est pas prêt d'oublier ce vengeur si envoûtant!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 15/01/2012