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Vendredi 18 Mai 2012Art-scène

 (A)pollonia

(A)pollonia

Krysztof WARLIKOWSKI

du 6 au 12 Novembre au Théâtre National de Chaillot

Et ta critique ?




 

Quel est le sens d’(A)pollonia ?

 

 

Sur un patchwork de textes d’Euripide, d’Eschyle, d’Hanna Krall, de Jonathan Littell et de J.M Coetzee, Krysztof Warlikowski nous présente un plateau surchargé, saturé. Lourd de décor, de sentiments, de personnages, de morts, de cris, de larmes, d’images, de musique, de vidéos. Qui surprend par son côté excessif, et son insolente violence.


Krysztof Warlikowski nous enferme pendant plus de quatre heures dans un monde entièrement en huis clos, tourné sur lui-même : des cages de verre, où sont enfermés des personnages, enfermés en eux-mêmes, enfermés dans leurs vies, leurs corps. Des corps qui renferment la culpabilité, le regret, la peur de voir, la peur de comprendre, la peur de vivre après avoir commis un meurtre, après avoir sacrifié quelqu’un, après s’être sacrifié soi-même.


Iphigénie, Alceste, Apollonia. Ces trois principales figures sacrifiées au prix d’une victoire, d’une liberté : Iphigénie pour la victoire des rois grecs contre les Troyens, Alceste pour laisser la vie sauve à Admète, son mari et Apollonia pour sauver des enfants juifs.


C’est pourtant la deuxième partie du spectacle qui est la plus sombre et la plus violente. Tout cela ne se serait pas autant embrouillé dans l’esprit du spectateur si les sacrifices antiques ne s’étaient mélangés avec ceux de la Seconde Guerre Mondiale, et principalement ceux de la Shoah. Warlikowski place un passage d’Elizabeth Costello, roman de J.M Coetzee, comparant et mélangeant camps de concentration et usines agroalimentaires. Cette conférence, (bien que fictive) devient au fur et à mesure extraordinairement réaliste et moralisatrice. Et cette violence du parallèle entre la Shoah et les abattoirs est le passage le plus troublant du spectacle, et devient du coup beaucoup plus violent que le suicide d’Alceste sous le regard de son mari, ou que le matricide d’Oreste. Cette fausse conférence est suivie d’une sorte de remise de titre de Juste parmi les Nations pour Apollonia, ayant sauvé par son sacrifice une petite fille juive . Passage filmé, presque télévisuel, cru, extrêmement violent par l’insolence du personnage qui se définit comme le juge du Tribunal d’Israël.


Sans pour autant sacraliser la Shoah, on ne peut pas la transmettre au spectateur de cette manière-ci, on ne peut pas transmettre cette vision-ci, on ne peut pas la théâtraliser ainsi.


Le spectateur sort d’(A)pollonia avec un grand point d’interrogation, avec un doute sur la visée et le but du spectacle, et surtout sur l’impact qu’il devrait produire sur lui-même.



Quel est le sens de ce patchwork et de ce montage ? Quel est le sens d’(A)pollonia ? Que veux nous faire dire ou que veux nous faire penser Krysztof Warlikowski ?



Cette caution que donne le spectateur à la troupe en venant voir le spectacle en devient presque malsaine et on se demande en ressortant si l’on n’a pas cautionné une banalisation du mal mais surtout une nouvelle et étrange idéologie…


Catherine Sibylle

© Etat-critique.com - 24/11/2009