Songwriter élégant et énigmatique, Bill Callahan revient avec sept chansons-fleuves et pas vraiment pressées, inspirées par le blues et la country. Enervés s’abstenir.
Il faisait autrefois partie de ces songwriters qui se déguisent en groupe, de peur de se mettre trop en avant. Mais un jour Bill Callahan a fait son coming-out et décidé de publier sous son propre nom et non plus en tant que Smog.
On ne peut pas dire que sa musique ait vraiment changé entre temps, d’ailleurs. Pour vous situer le bonhomme, imaginez vous un mix entre Bonnie Prince Billy, pour l’ambiance musicale, et les Tindersticks, pour la voix. Lambchop n’est pas très loin non plus.
Car Bill Callahan, avant tout, c’est une voix, grave et riche, au timbre velouté, passé légèrement au papier de verre, qui s’accorde bien avec le côté « roots » de la musique.
Dans cet album encore plus que dans les autres, Callahan est allé puiser aux sources, blues, folk et country, sans pour autant signer un disque de country, ni même de country-rock. Son univers est bien particulier, très intime, ses tempos lents et répétitifs, et ses chansons plutôt étirées : à une exception près elles dépassent toutes les 5 minutes.
La plupart des chansons se construisent sur un thème très simple, deux ou trois accords en boucle, comme le bluesy et expérimentalAmerica , long vagabondage hypnotique où Callahan imagine l’armée US de ses rêves : Captain (Kris) Kristofferson, Lieutenant (George) Jones, Sergeant (Johnny) Cash, avant de citer les terrains moins glorieux dans lesquels les vrais G.Is ont été trainer leurs bottes (Afghanistan, VietNam, Irak). Riding For The Feeling, autre sommet de l’album, est une magnifique ballade à trois temps et quatre accords. Callahan saupoudre tout cela de belles arabesques instrumentales, guitares électriques (Baby’s Breath), fiddle, Wurltizer, flûte traversière ou piano gospel sur le lancinant (et limite neurasthénique) One Fine Morning , qui clôt l’exercice.
Bon, tout cela ne suinte pas l’optimisme béat à l’Américaine, mais dans le genre c’est tout de même moins dépressif que Bon Iver. Ce n’est pas exactement la musique qui vous « filera la pêche », pour employer l’expression consacrée, mais pour une journée grise, où on a envie de rester chez soi, ça peut très bien passer.
A condition de se réveiller avec un bon James Brown, le dernier Seun Kuti (pas mal d’ailleurs en passant) ou alors carrément du Slayer…