Imaginez que Sigmund Freud soit l’auteur d’Evil Dead et vous aurez une (vague) idée du nouveau supplice de Lars Von Trier !
Un couple fait l’amour. La musique de Haendel accompagne les ébats. C’est filmé avec volupté. En parallèle, un enfant passe par la fenêtre. L’image est belle mais crue.
L’amour et la mort s’entortillent. Cela fait visiblement peur à Lars Von Trier, qui avoue une sévère dépression depuis plusieurs années. Le deuil éprouve sérieusement l’homme et la femme.
Il cherche une savante réponse dans son métier de thérapeute. Elle souffre douloureusement. Il décide de l’emmener dans une maison isolée au milieu des bois. Cela ne l’empêchera pas de tomber dans la folie la plus meurtrière.
Car la nature est l’église de Satan. La femme est l’instrument de cette nature. La femme devient étrangère à elle même tandis que l’homme invente des jeux pour la retrouver. La misogynie hante le nouveau film de Lars Von Trier, habitué à choquer les spectateurs.
En apparence, on a droit à des sexes bien tendus, des rapports charnels brutaux, des animaux morts vivants, une esmaculation musclée et une excision aux ciseaux rouillés. Les angoisses du cinéaste s’invitent à l’écran, dans des bois sombres rappelant les toiles de Jérôme Bosch.
Lars Von Trier se cache derrière un film d’horreur mais montre un vrai sens de l’ironie en permanence. Pour jouer l’homme sensé, il utilise Willem Dafoe, célèbre pour sa tête de diablotin inquiétant. Pour la femme qui devient sorcière, il profite de la grâce de Charlotte Gainsbourg, qui fait beaucoup d’efforts pour suivre la folie destructrice de son personnage.
Dans une première partie, les bavardages sont continus et très psychanalytiques puis le cinéaste embrasse une sécheresse de ton inconfortable. Il est malmené par la vie : il malmène le spectateur consentant (le film n’est pas à mettre sous tous les regards), qui va avoir droit à son lot d’obscénités, d’une élégance plasticienne fascinante.
De la mort d’un enfant à la torture sanguinaire, le film provoque. La liberté que prend Lars Von Trier est une fois de plus louable mais le résultat déconcerte un peu plus. Antichrist est un beau crachat à face de la bonne conscience mais difficile de dire s’il s’agit d’un bon film… C’est autre chose… Une œuvre malade définitive ! L’enfer c’est les autres ; aujourd’hui l’enfer c’est Lars Von Trier !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 05/06/2009