Sous la houlette du musicien mouvant et génial Mike Patton, Tomahawk, groupe turbulent, pratique un curieux mélange pour son troisième album. Mélangeant rock énervé et chants indiens, "Anonymous" est un disque aux caractéristiques bien distinguées !
Tomahawk aime les albums concepts. Après s’être intéressé à l’esprit dérangé d’un serial killer, le trio se tourne vers un autre notion très américaine : la culture indienne. Prendre des musiciens issus du hard et les confronter aux indiens, cela ne pouvait être qu’une idée de Mike Patton.
Ancien leader du groupe mésestimé mais majeur, Faith no more, Mike Patton a prouvé sa volonté d’expérimentations avec des disques, plus ou moins écoutables, mais qui relèvent de l’expérience réellement nouvelle !
Impossible de limiter le bonhomme à un besogneux du hard vendu à quelques clichés sexe-drogue-et-rock’n’roll. Mike Patton s’essaie à tout et impressionne par son hétéroclisme. On entend sa voix protéiforme chez Bjork, chez Dan the Automator et dans tous ses groupes complètement barrés comme le génial Mr Bungle, Fantomas ou encore Peeping Tom.
Imprévisible, la personnalité de Patton déborde sur ce troisième album de Tomahawk. Pour faire simple, il s’agit du croisement improbable entre chants des natifs américains et gros rock inspiré.
Le ton est tribal et les instruments se calquent sur des rythmes assez fascinants. Même s’ils sont déconcertants à la fin de la première écoute. On se dit alors que les anciens de Faith, Jesus Lizard et Helmet devraient freiner sur la consommation de psychotropes. Dès un second passage, les nuances apparaissent.
La musique n’est pas aussi martiale. Au contraire, la guitare de Duane Denison s’essaie à de jolis morceaux de bravoure, jamais démonstratifs et variés. Les samples et les vocalises facétieuses complètent un ensemble plus qu’original, ne ressemblant à rien de connu. Tomahwak s’empare d’un genre et le transcende grâce à ce goût pour la rénovation de fond en comble des poncifs.
Evidemment, congratuler un disque de hard à l’indienne ce n’est pas chose aisée. Pourtant, on sacrifierait bien son scalp pour que "Anonymous" ne le soit pas trop longtemps.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 12/07/2007