Le premier roman de José Alvarez fait partie de ces livres dont on aimerait sinon dire du bien, du moins ne pas dire de mal. Mais voilà, on s’ennuie ferme dans cette histoire d’amour et d’impossible sauvetage.
Dans les années 1970, Anna et l’auteur se sont aimés, ont vécu une vie de couple presque normale, mais condamnée d’avance par le caractère suicidaire d’Anna. Par amour, pourtant, le narrateur d’Anna la nuit essaie de la retenir au bord du précipice, avec le sentiment aigu de ce constant numéro d’équilibriste : il fait le ménage dans sa vie sentimentale, renonce à certaines distractions sexuelles, avale même quelques couleuvres. A la fin, pourtant, la dernière tentative de suicide est la bonne.
En chemin, de Paris à Lanzarote, de Grenade à Ramatuelle, le lecteur croise les amis de ce couple que l’auteur qualifie lui-même de "glamour". Happy few et quelques têtes connues, Helmut Newton ou Maria Callas.
De tous ces personnages secondaires, l’auteur ne tire aucun parti romanesque. Des personnages principaux non plus d’ailleurs : la profondeur psychologique du livre reste si faible qu’à aucun moment, par exemple, on ne comprend vraiment pourquoi Anna veut à ce point en finir avec la vie, ni ce qui trahit dans sa personnalité une tel dessein, hormis quelques sautes d’humeur somme toute banales. Et comme l’action se réduit à peu de choses, il faut vraiment avoir une critique à écrire pour achever la lecture du livre.
Compte tenu de la charge autobiographique du roman, le critique hésite malgré tout à faire feu sur lui de toutes ses pièces, à verser dans une ironie pourtant facile et tentante en l’occurrence. De là à l’encenser, il y a un pas, qu’ont franchi certains, peut-être parce que José Alvarez est surtout connu à Saint Germain des Prés comme éditeur.
Dommage que son premier roman ne soit pas son meilleur, car son style précieux aurait pu à merveille convenir à une histoire qui se déroule dans les décors sophistiqués de la jet set des années 1970. Mais précisément, il n’y a que le décor qui vaille quelque chose dans ce récit.
Les innombrables références culturelles sont frappés au coin du bon goût le plus parfait, la vieille Europe peut être fière de produire des esthètes d’un tel calibre ! Ils font de merveilleux éditeurs. Pas forcément des romanciers.
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 05/10/2009