Comment peut-on gâcher un bon concept de film en moins d’une heure ? En embauchant un caméraman manchot, un monteur cocaïnomane et un scénariste pro-Bush, le défi n’est pas si difficile à relever.
Dans une Espagne meurtrie par les actions terroristes d’Al-Qaïda, le président de la première puissance militaire au monde vient faire un petit speech sur la coopération des gentils contre les méchants. Ne voulant pas rater une occasion pareille, des gens mal intentionnés décident de profiter de cette tribune extrêmement médiatique pour lui mettre du plomb dans la tête, et pas uniquement au figuré. S’ensuivent tout naturellement des explosions, des courses poursuites, des trahisons et des morts violentes.
Plus ou moins parties prenantes, les quelques témoins de la scène qui respirent encore ont tous leur propre version des faits, et pas nécessairement incompatibles entre elles. C’est grâce au croisement de tous ces regards que nous comprendront comment le complot a été déjoué. Parce que oui, les méchants perdent encore et toujours face à l’Amérique des justes. L’honneur est sauf.
L’idée était pourtant séduisante. A partir d’un postulat très classique (un attentat contre le président des Etats-Unis), transfigurer le fond en utilisant une forme originale (le découpage de l’action en allers-retours selon le point de vue de plusieurs protagonistes) ouvrait la voie à toutes les audaces.
Mais c’est justement le manque d’audace qui réduit tous les efforts à néant. Les personnages sont purement fonctionnels et ne révèlent que peu de profondeur malgré des rôles complexes sur le papier. Si le respect de la règle permet de maintenir la tension pendant la première heure, son abandon fait dérailler le film.
Le choix de conclure le long-métrage par une longue séquence d’action était certes la meilleure façon de répondre aux multiples questions soulevées par une intrigue plutôt bien construite, encore fallait-il bien s’y prendre. Déjà grevé par des enjeux qui virent au manichéisme facile et abject, le film se fourvoie dans des scènes devenant inintelligibles, faute d’un cadrage et d’un montage cohérent. Dommage.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 27/03/2008