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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 Angel

Angel

Francois OZON

Romola Garai, Sam Neill, Lucy Russell et Michael Fassbender – Wild Bunch – 14 mars 2007 – 2h12

Et ta critique ?




Roman photo ou hommage aux grands mélos du cinéma mondial ? Le nouveau film de François Ozon est à l’image du cinéaste : brillant, cultivé mais peut être roublard.

Depuis son premier long métrage Sitcom, François Ozon a toujours étudié le désir sous toutes ses formes. Sa source. Ses effets. Ses conséquences. Provoquant ou élégant, le cinéma d’Ozon gravite autour de cette noble idée, et fait de lui un auteur ambitieux, changeant et inconstant.

 

Il n’y a donc pas de surprise à découvrir qu’Angel, sa nouvelle héroïne, est rongée par le désir. Intransigeante, d’un milieu modeste, l’adolescente noircit des pages entières de son imagination naïve. Au début du vingtième siècle, tant d’énergie et d’hardiesse charment un éditeur qui fait du roman de la demoiselle, un grand succès.

 

Elle devient populaire et ses romans à l’eau de rose font sa richesse. Enfermée dans un palais anglais, elle réalise tous ses rêves d’adolescente, au mépris de la critique et de la bienséance. Espiègle et redoutable, au fond de son cocon rose bonbon, Angel rêve d’amour mais dans la réalité, le sentiment est plus amer…

 

C’est facile mais tellement vrai : François Ozon ose ! Jusqu’au grotesque. En quelques minutes, les citations déferlent à coups de détails intelligents. De Jacques Demy à Douglas Sirk, en passant par Autant en emporte le vent, les films de Bollywood ou François Truffaut. Habile, le réalisateur de 8 Femmes connaît ses classiques sur le bout des doigts et sait s’en servir pour nourrir une fiction presque indigeste.

 

Car il nous épargne rien. Angel est sirupeux et franchement à la fin, c’est trop épais. En jonglant avec les règles du mélodrame, le cinéaste fatigue un peu, de plus en plus incapable d’avoir du recul avec l’énormité du sujet. La finesse n’est pas de mise. Ozon veut ironiser mais au fil des minutes, il perd le contrôle de son procédé. Son actrice finit par être hilarante, rappelant un clone d’Adjani.

 

Pourtant derrière tous les artifices, la surenchère et l’emphase, François Ozon continue d’observer l’âme et ses troubles. Ses personnages, caricaturaux, sont troublants. Comme la secrétaire particulière homosexuelle, son frère pris dans le piège d’un amour gluant où l’éditeur fasciné, joué par un parfait Sam Neill. Dans l’outrance, Angel atteint quelques vérités, parfois enivrantes, sur la réalité du désir.

 

Cependant, François Ozon s’est peut être fait trop plaisir avec cette grosse gourmandise qui coule un peu de partout. L’exagération déconcerte et comme après un repas copieux en famille, on ressort de là épuisé et pas sûr d’avoir passé un bon moment.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 20/03/2007