Le chorégraphe québécois propose à Paris sa création de 2001 dans laquelle pour la première fois il met en scène des corps entièrement nus.
La nudité choisie par Daniel Léveillé ne cherche pas la provocation, en poussant plutôt jusqu’au bout une analyse rigoureuse des corps. Les quatre danseurs en scène, une femme et trois hommes, possèdent des corps sculpturaux que cette nudité rend évidents à l’état pur.
La nudité s’unit à un jeu de contrepoint entre la musique de Vivaldi et des figures de mouvements classiques devenant précision et dureté extrêmes à travers des sauts percutants et directs : la grâce de la danse classique est ainsi littéralement mise à nu, poussée jusqu’au bout de la perfection et de l’exactitude du geste.
La visibilité extrême des corps devient le vrai sujet de la création : la peau, les muscles, la pilosité, la transpiration. Des corps qui se cherchent entre eux, qui se prennent, qui examinent les poids et les interactions réciproques des membres.
Cette nudité est en même temps radicale et mesurée : elle est simplement la condition nécessaire, primordiale de l’analyse du corps, des possibilités d’une réception complexe et élaborée de la surface épidermique et de l’énergie qui en ressort.
Un spectacle à la fois riche, intense et distant (même l’évidence du corps met paradoxalement à nu son opacité intrinsèque…), loin de la tendresse ou de la provocation auxquelles d’habitude on soumet la nudité.
http://www.theatre-bastille.com/
http://www.danielleveilledanse.org/
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 09/04/2010