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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 American gangster

American gangster

Ridley SCOTT

Avec Denzel Washington, Russell Crowe, Josh Brolin et Ted Levine Paramount - 14 novembre 2007 - 2h37

Et ta critique ?




Après une poussive et convenue Grande année, celui qui nous avait offert Alien, Blade Runner et plus récemment Gladiator nous revient en pleine forme avec l’ascension d’un parrain afro-américain, un peu trop caricaturale pour être honnête mais réalisée de main de maître.


L’histoire est cruelle. Alors que l’on pensait qu’il fallait attendre le XXIème siècle pour assister à la réussite entrepreneuriale d’un noir américain, ce que nous allons voir est basé sur des faits réels et nous montre que les livres omettent parfois certains détails. Alors, d’accord, on parle de réussite mafieuse, mais il n’y a pas de sot métier après tout.

Alors que des éloges dithyrambiques circulaient sur le film (œuvre sombre et magistrale, récit épique d’un Amérique en proie à ses fantômes, etc…) avant même d’avoir été vu, il faut se rendre à une évidence : la rumeur est fondée. Mais pas complètement. Certes la vision est originale et la mise en scène impeccable, mais elle ne peut effacer une certaine recherche de la facilité dans la narration qui se traduit par un récit un peu trop prévisible.

Nous avons donc les pourris contre les gangsters : la lutte va être rude mais le bien (enfin la justice) va triompher. Il ne fallait pas réécrire l’histoire pour si peu mais un peu moins de manichéisme n’aurait pas fait de mal. Ce que ne remplit pas le fait d’avoir rendu le personnage du mafieux un tant soit peu charismatique voire sympathique (lieu commun du film de gangster).

Pour résumer, nous assistons aux débuts des cartels de la drogue avant l’avènement de la plaque sud-américaine dans les années 1980 au travers de la bataille entre un Denzel Washington qui a la classe avant de tomber dans le cliché du maquereau à la sauce Pimp my Ride et un Russel Crowe qui campe un flic à la limite de la caricature américaine : looser, mal fringué, en instance de divorce et seul contre tous par amour pour la justice, la vraie.

L’ambiance des années 70 est bien retranscrite dans l’exploration des tensions raciales et une illustration sonore convaincante, mais on désespère de n’avoir pas de vraie vision sociale ou politique de ce milieu, rendant un peu vaine la moindre explication des protagonistes. D’autant que notre parrain se défend d’être un bon samaritain, fournissant de la bonne came, non coupée, à ses clients. Un vrai petit enfant de chœur celui-là.

Le parallèle hasardeux entre la carrière du gangster et la guerre du Vietnam, plus ou moins liées entre elles, souligne un drame avant tout humain au milieu d’une violence omniprésente sans être insoutenable. Aussi, la scène de fusillade finale, bien qu’efficace au vu de sa durée, déçoit un peu de la part d’un réalisateur aguerri comme Ridley Scott.

Le long-métrage souffre un peu de ses longueurs, mais le sacrifice se révèle payant face à une telle richesse. Ce qui est un peu sa faiblesse : le film dans sa digression asiatique se révèle très ambitieux esthétiquement parlant, peut-être trop. A force de vouloir en montrer beaucoup et malgré la qualité de l’ensemble, on se perd dans un propos souvent confus.

On pourra regretter une introduction un peu superficielle où les relations père/fils entre le personnage joué par Denzel Washington et le parrain pour lequel il travaille ne sont pas suffisamment explorées, malgré leur importance pour donner une autre lecture.

On déplorera aussi une fin ultra classique suivant le procès attendu d’une star du milieu qui aboutira, après un face à face final plus que décevant, à la rédemption tardive d’un monstre moderne comme seule l’Amérique peut en fabriquer.

Même si ce portrait est accablant, il ne faut pas en conclure que le film est mauvais, loin de là. C’est quand on est proche de la perfection que l’on remarque le plus facilement les défauts de fabrication.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 14/11/2007