Hollywood s’empare de l’obsession du sulfureux Larry Clark : la jeunesse américaine et blanche livrée à elle-même. Malgré le super casting, Alpha dog enfonce des portes ouvertes et fait regretter le réalisateur de Bully.
L’histoire est authentique. Elle est sordide et fait désespérer sur l’état de la jeunesse américaine. Dans un quartier cossu de Los Angeles, des gamins se prennent pour des gros durs et vivent de divers trafics, le nez dans la drogue et les mains sur les fesses de petites bimbos californiennes.
Les parents sont eux aussi dans le gaz et les petites canailles qui s’imaginent en voyous plongent doucement dans le fait divers sordide. Parce que Jake, un nazillon énervé, lui doit de l’argent, Johnny et ses potes kidnappent le petit frère de Jake, Zack, un adolescent bridé par ses parents. Pendant que Johnny tente de régler la situation, Zack devient l’ami de Frankie, un de ses kidnappeurs.
Ensemble, ils vont faire la fête et échapper un peu à la situation qui devient de plus en plus tendue. Le film est un compte à rebours. Sorte de docu-fiction, Nick Cassavetes filme l’inexorable descente aux enfers pour quelques adolescents, qui rêvent de 50 cents ou d’Eminem.
Le fils de John Cassavetes n’a pas le même talent que papa. Son film est un solide polar efficace et un peu hypocrite. A la différence de Larry Clark, qui frontalement présente l’adolescence avec une crudité étrange, Cassavetes évite de trop choquer le spectateur. Une certaine pudibonderie, typique à Hollywood, empêche une totale adhésion au sujet, pourtant prenant. La déchéance est toujours un spectacle intrigant.
Le projet est sauvé par ses acteurs. Cassavetes sait s’entourer de comédiens compétents. Ici, il y a toute une ribambelle de jeunes comédiens qui espère que Alpha dog sera le Outsiders de la décennie. Bien entendu, beaucoup remarqueront Justin Timberlake dans le rôle du ravisseur tatoué et sympa. Les autres sont pas mal non plus. Ils font oublier la prestation caricaturale de Bruce Willis ou Sharon Stone.
La délinquance adolescente souffre donc du traitement hollywoodien et Alpha dog ne pourra pas faire oublier la filmographie insolente et obscène de Larry Clark.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 28/03/2007