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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 All or nothing

All or nothing

Mike LEIGH

Avec Timothy Spall, Allison Garland, Ruth Sheen et Lesley Manville - Canal plus - 2002

Et ta critique ?




Il y a dix ans, Mike Leigh déroutait une fois de plus avec son regard sans complaisance de la société anglaise.


On vous dira "Préparez vos mouchoirs" ou encore "Faites gaffe, misérabilisme", pour ma part ce sera "Attention, petit chef-d’œuvre". Il est vrai que l’univers du dernier film de Mike Leigh n’est pas des plus joyeux. Ce n’est pas l’Angleterre d’Harry Potter ou des comédies sentimentales. Il faudra vous faire violence, mais je vous l’assure, l’émotion sera au rendez-vous.

L’action prend place dans une cité de la banlieue Londonienne lugubre. Elle tourne autour du quotidien de Phil, chauffeur de taxi qui semble traîner sa carcasse de pauvre type sans grand espoir en l’avenir. Sa femme est caissière dans un supermarché et elle doit tenir les rênes d’un ménage qui sombre dans l’ennui depuis des années.

Leurs deux enfants sont obèses, symbole d’une jeunesse sans passion et désabusée avant d’avoir même essayé d’exister. Leur fille est aide ménagère dans un hospice pour personnes âgées, docile et généreuse elle est tout l’inverse de son frère, violent et irrespectueux.

Ce dernier passe ses journées à taper le ballon contre les murs de sa cité grise et à se goinfrer dans le canapé familial devant la télévision. Penny, la mère, tient tout son petit monde à bout de bras, mais on sent que la crise est proche, elle est à bout. Son mari fait preuve d’une passivité ahurissante et il ne semble pas prêt à faire quoi que soit pour changer leur situation financière catastrophique.

Le tableau n’est pas très gai et Mike Leigh ne s’arrête pas là. Il nous fait aussi partager la vie d’autres habitants de cette cité. Maureen, une collègue de Penny, tente d’élever sa fille, laquelle s’est amourachée d’une petite frappe dans le pur style british, refusant la paternité d’un fœtus mal venu... Il y a aussi Samantha l’allumeuse, jeune fille aux charmes certains et à l’intelligence évidente. Elle déambule dans la cité à la recherche de l’amour et fui un univers familial des plus triste avec comme parents un couple de poivrots.

Sorti à Noel, pour un conte, vous me direz qu’on a déjà fait mieux... Pourtant l’espoir n’est pas totalement absent de cette chronique sociale très noire. Après la crise cardiaque de leur fils, Phil et Penny vont crever l’abcès et tenter (une dernière fois ?) de ressouder cette famille autour de l’amour, seul "bien" qui leur reste.

Pourquoi donc un "petit chef-d’œuvre" ? N’y aurait-il déjà que la performance des acteurs très attachants et débordants d’humanité. Timothy Spall est excellent dans le rôle de cet homme placide et passif, avec ce regard humide, cet œil triste et son air d’avoir toujours à demander pardon. La mère aussi est fantastique, le visage tiré et les accès de colère trahissant une force qui s’épuise. Tous sont tous très bons. Alors je vous le dis, tentez ce magnifique mélo, il sera encore temps, après, d’aller voir des comédies.



Maxime Maillard

© Etat-critique.com - 03/02/2012