« Je ne suis pas un objet, je suis une femme. Nom de Dieu ! »
Le Théâtre du Rond-Point a la très bonne idée de nous proposer trois courtes pièces de Dario Fo. Trois pièces pour trois héroïnes différentes qui se ressemblent pourtant tellement.
Il faut, avant toute chose, saluer le très bon travail du metteur en scène ; Stuart Seide réussit en effet à créer des ambiances différentes (et convaincantes !) pour chacune des trois pièces, tout en soulignant subtilement leurs points communs. Il faut aussi louer le parfait travail des comédiens qui nous plongent dans la vie de leurs personnages.
Dario Fo pose avec une drôlerie infinie la question de savoir si la femme moderne est vraiment libérée, et nous présentes trois héroïnes confrontées à des maris qui veulent en faire des mères plus que des épouses, et des épouses plus encore que des maîtresses.
Car les femmes de Dario Fo réclament finalement la révolution sexuelle dans le couple, et pas l’illusion du couple ouvert qui ne profite qu’aux maris volages.
Mais n’allez surtout pas croire qu’il s’agit d’un spectacle conservateur, rétrograde et machiste, car c’est tout le contraire !
Alice au pays sans merveilles : Alice n’est plus au pays des merveilles : elle est durement confrontée à l’héritage de la révolution sexuelle. Bilan : Alice est enfermée dans sa salle de bain pour une énième tentative de suicide, tandis que son mari tambourine à la porte. Elle rêve, elle s’évade en compagnie d’un chœur de trois fées qui sont autant de voix de sa conscience.
Elle se rêve en petite fille harcelées par des hommes, des bêtes, et même des arbres érotomanes et pervers, qui n’en veulent qu’à son corps. Elle rêve aussi du chevalier bardé de fer qui viendra la libérer de tous ceux-là et de l’électroménager qui l’étouffe littéralement.
Au fond, que lui a apporté la révolution sexuelle ?
« Tu es belle, tu es libre, tu es jeune, moderne, adorable, désirable, aseptisée, stérilisée, sexuée... Une belle pute ! »
Je rentre à la maison : nous parle d’une femme qui ne sait plus quoi faire pour gagner l’amour et le respect de son mari. Doit-elle le quitter ? Le tromper ? Le comédien Sébastien Amblard, incarne cette femme perdue avec un talent impressionnant. La sensibilité du jeune comédien, travesti en femme, renforce avec justesse le côté tragique de cette tragi-comédie. Le travestissement souligne de façon touchante la perte d'identité de la narratrice et pointe avec justesse l'injustice faite aux femmes.
Couple ouvert à deux battants : On ne pourra pas dire assez de bien de cette dernière pièce, et non des moindres, du spectacle, où les comédiens sont tout simplement épatants. Quelle énergie chez la femme (Caroline Mounier), et qu’elle mauvaise foi odieuse et ridicule chez le mari (Jonathan Heckel)
Couple ouvert à deux battants met en scène un couple dont l’odieux mari argue de la modernité pour mieux tromper sa femme Antonia.
Mais, cette modernité est dépassée, elle n’est qu’apparence de liberté et n’est en réalité que mauvais goût, comme le souligne la laideur des papiers peints de leur appartement.
D’ailleurs, comme Antonia le fait remarquer à son mari : « Le couple ouvert (…) doit être ouvert d’un seul côté, celui du mari ! Car s’il est ouvert des deux côtés…ça fait courant d’air ! »
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 13/04/2010