Ailleurs est de ces romans inclassables qui instillent à leurs lecteurs un poison puissant qui, générant attraction et répulsion, ne les ensorcelle que mieux.
Lire entre les lignes, comprendre à demi-mots, patienter, guetter un regard ou une allusion... Julia Leigh n’est pas de ces auteurs bavards et inconséquents qui dévoilent facilement leurs secrets de famille. Elle semble presque écrire à contrecoeur ce court conte noir et fascinant qui, malgré sa brièveté, n’en finit pas de troubler le lecteur.
Alors on cherche à savoir pourquoi Olivia rentre en France avec ses deux enfants, à ce point abîmée par la vie, après tant d'années passées en Australie. On cherche à comprendre son frère Marcus et sa femme qui semblent se complaire dans un deuil traumatisant. On tente de percer le mystère de leur mère vivant seule dans cette immense demeure, entourée d’une domesticité dévouée...
On partage ces quelques jours de vie commune au fil de l’écriture sombre, presque hallucinée de Julia Leigh. Economie d’effets et d’éclairage sur des événements intime qu’elle ne nous autorise à observer que parcimonieusement, comme par le trou d’une serrure, en cachette, un peu honteux, mais terriblement désireux de comprendre les drames enfouis qui sous-tendent les relations entre les membres de cette famille.
Née à Sydney en 1970 où elle a fait des études de philosophie et de droit, Julia Leigh ne publie avec Ailleurs que son deuxième roman. Le précédent, Le chasseur (Actes Sud) date déjà de 2000 et avait obtenu de nombreuses récompenses.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 24/11/2008