Encore un film avec le label « based on a true story »! Encore un film d'espionnage! Encore une bonne surprise! Si l'austérité risque de surprendre, Agent double confirme l'immense talent de Chris Cooper!
Décidément la mode est au film basé sur des faits réels. Pas une semaine sans qu’un film, idéal pour relancer les bons vieux Dossiers de l’écran, arrive sur nos écrans. Politiques, policiers ou pathétiques, le drame réel et le fait divers ont la confiance des producteurs hollywoodiens et des acteurs en quête de véracité.
La vérité, c’est que le premier film du scénariste Billy Ray (le fascinant Mystificateur et le tout nul Flightplan) est un vibrant hommage au comédien Chris Cooper. Second couteau à la gueule burinée, il fut impressionnant dans Lone Star de John Sayles et depuis il est le second rôle de luxe, la petite valeur ajoutée qui gommera quelques défauts à n’importe quelle série B ou film plus ambitieux.
Concentré et taciturne, Chris Cooper apparaît comme un Harvey Keitel moins torturé mais tout aussi animal et impressionnant. Agent double rend justice à ce comédien vraiment hors pair qui mérite bien plus qu’un Oscar… Il lui en faut dix au minimum !
Il interprète dans Agent double, un animal à sang froid qui a réellement existé, Robert Hanssen. Républicain affiché, catholique forcené, cet informaticien a mené une belle carrière d’agent au FBI et a su se rendre indispensable dans son métier. Au point de lever des soupçons sur son patriotisme et même ses bonnes mœurs. Le jeune Eric O’Neill est engagé pour être la petite souris qui réveillerait les vilaines habitudes du vieux chat filou.
Le jeune agent est joué par le fade Ryan Philippe et cela laisse le spectateur en face d’un indispensable Chris Cooper, au sommet de son art. Ce type fait d’un personnage détestable, un héros paumé dans la mythologie de l’Amérique. Religieux jusqu’au bout des doigts, Hanssen est aussi un obsédé sexuel. Le mot « liberté » dans sa bouche possède toutes les ambiguïtés de l’Amérique selon Bush.
Hanssen fut le plus redoutable double agent des Etats-Unis. Il aurait pu être au cœur d’un film d’action. Le réalisateur filme cela avec une sécheresse déconcertante. Agent double est une œuvre d’un autre temps, au classicisme froid et finalement plaisant.
Pakula, Frankenheimer et Lumet semblent être les références de Billy Ray. C’est un cinéma simple, basé sur les acteurs, aride pour renforcer les multiples tensions dramatiques. Loin du bruit et du spectacle, Agent double réussit un divertissement rigoureux et bien plus réaliste que tous les films « based on a true story ».
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 28/11/2007