Injustement oublié et incroyablement excitant, le meilleur disque du symbole du rock psychédélique effectue un nouveau passage au-dessus de nos têtes ébahies.
Rassurez-vous, j’étais exactement comme vous. C’est à dire circonspect lorsqu’il s’agissait d’exhumer les restes de l’époque débridée qui jouxta notre naissance (je parle des 30/45 qui – selon un récent sondage - représentent le cœur de cible de notre lectorat) . Concerts peace and love dans la boue, grosses fleurs oranges, barbes fournies, mini-jupes, lunettes de soleil aux verres mauves… Et ces disques aux pochettes bariolées et aux morceaux interminables …
Il aura certes fallu 35 ans, mais force est de constater que la mode, dans son cycle inexorable, est en train ces derniers temps de puiser son inspiration dans des plans du même style ; j’en veux pour preuve le retour en force de la veste en nubuck à parements en moumoute, des cheveux longs et des rouflaquettes (pour les mecs, tout du moins). Ainsi donc, le moment ou jamais est venu pour moi de profiter de ce contexte propice pour oser vous parler d’un disque déniché dans ma cave (cf.article Colin Blunstone) et auquel la récente réédition en CD confère une indéniable légitimité ici-même.
Retour donc à cette fameuse époque où contre-culture et rejet des contraintes faisaient bon ménage. Musicalement parlant, c’est à San Francisco que naîtra le mouvement rock-psychédélique, avec une équipe de déjantés de première qui n’hésitera pas à prendre pour nom de baptême la marque des allumettes en carton qui servaient à allumer ses joints : Jefferson Airplane. Une bande de fameux musiciens qui, dans sa composition culminante (1966/1971), portera très haut le drapeau hippie et son « flower power » de cri de ralliement. L’usage permanent de toutes les molécules psychotropes en vigueur à l’époque imprégnait autant leurs buvards que leur musique, leur attitude et leurs prestations scéniques, au cours desquels d’impressionnants lightshows mettaient en valeur les seins nus et la sucette de Grace Slick (la chanteuse). Mais au-delà de l’excentricité et du délirium, on doit retenir l’essentiel, à savoir l’extraordinaire qualité des musiciens réunis dans cet aéroplane multicolore dont le troisième disque, en 1967, est le chef-d’oeuvre.
L’opus prend la forme de douze morceaux répartis en cinq suites. Déjà, rien que ça c’est pas rassurant, pas vrai ? Eh bien mes amis, mis à part deux très dispensables fantaisies (dont un interminable Spare chaynge) fleurant bon le trip de LSD, c’est du rock mélodique qu’on entend. Du vrai, du bon, du bien excitant rock, magnifiquement produit, magnifiquement interprété. Quel pied ! La basse omniprésente est fabuleuse, la rythmique extraordinaire, les guitares râpeuses et miauleuses à souhaits, les arrangements magnifiques, les chœurs formidables et le chant très inspiré dans ses variations. Original et enthousiasmant, ce disque, incroyablement riche et parfaitement dans l’air du temps, mérite une très belle place au panthéon (à pattes d’eph’) du rock universel.
Comme quoi on devrait se battre plus souvent contre ses a priori.
Roland Caduf
© Etat-critique.com - 28/12/2008